Sweeney Todd hante le théâtre du Châtelet


Jeudi 28 avril 2011, 20h

Le théâtre du Châtelet est baigné d’une excitation palpable. Dans la salle aux balcons dorés, les lumières déclinent doucement, ne laissant éclairé que l’immense rideau, non pas rouge comme à l’accoutumée, mais joliment imprimé de la carte de l’ancien Londres (carte dont la Tamise prendra les teintes du sang qui y coule, après l’entracte).

Et dans la pénombre, personne ne voit la fine ombre d’une belette se faufiler entre les fauteuils d’orchestre et bondir sur un strapontin.

Il ne faut pas se fier à la belle couleur rose des affiches de l’entrée. La comédie musicale de Stephen Sondheim, Sweeney Todd – le diabolique barbier de Fleet Street, est aussi originale que décalée. Adaptée sur grand écran par Tim Burton en 2008, l’histoire de ce barbier londonien qui égorgeait ses clients et en faisait des tourtes est une véritable légende du folklore anglais.

Sweeney Todd (Rod Gilfry) & Mrs Lovett (Caroline O'Connor)

Le rideau s’ouvre sur les docks obscurs du Londres victorien, et sur un chœur d’une vingtaine de comédiens de tous âges, tour à tour peuple des bas-fonds, internés de l’asile, et surtout, narrateurs, à travers ce frappant Lift your razor high, Sweeney, ballade noire et cruelle, fil conducteur de toute la pièce.

Le seul décor, à deux niveaux, est une belle trouvaille visuelle, pivotant à loisir pour être tour à tour place de marché, boutique de barbier ou demeure de juge. L’installation, en deuxième partie, du fauteuil coulissant, est très drôle et très bien rendue – tout comme l’atmosphère de mort qui règne, avec ce sang qui goutte dans le caniveau, ou celui qui gicle de la gorge des clients.

Et c’est sur cette « seconde scène » du niveau coulissant qu’apparaît Sweeney Todd, mise en abyme du personnage qui, forçat injustement emprisonné, revient sous ce nom nouveau, celui de la vengeance.

Rod Gilfry, interprète du barbier vengeur, se tient droit, presque immobile, et son regard dur, son imposante silhouette, sa voix de baryton, surtout, suffisent à nous glacer le sang. Bien loin des traits fins et de la coupe de cheveux improbable du Sweeney burtonien qu’incarnait Johnny Depp, mais tout aussi convaincant. Son jeu grave et sec donne au personnage de théâtre l’épaisseur que le cinéma trouvait dans la folie douce.

Cependant, dès la première minute, Caroline O’Connor (alias Mrs Lovett, pâtissière et complice du meurtrier), lui vole la vedette. Ses moues exagérées et désopilantes ainsi que sa gestuelle nerveuse la placent immédiatement au rang de penchant comique et complémentaire au masque impassible de Todd. Chacune de ses répliques fait mouche, et son jeu formidable d’aisance et de drôlerie, tout comme sa voix superbe, lui valent une standing ovation et une reconnaissance toute particulière du public. Stephen Sondheim lui-même aurait déclaré qu’elle était « la meilleure Mrs Lovett qu’il ait entendue ». Et ce n’est pas peu dire, car le compositeur a créé cette « opérette noire » en 1979.

Tous les comédiens font merveille, dans des rôles très différents et magistralement orchestrés par l’intrigue. Si Toby n’est pas incarné par un acteur âgé de dix ans (âge réel du personnage), sa voix a pourtant les éclats juvéniles et sincères du très beau Not While I’m Around. La version originale (surtitrée, mais il ne faut pas avoir peur des multiples coups d’œil aux écrans, placés trop haut) est un chef d’œuvre musical, aux sonorités tantôt romantiques (I Feel You, Johanna), tantôt brutales (Alms, Alms), et surtout aux paroles remarquables de justesse et de rythme. La scène de Little Priest, au délire absurde et cannibale des deux nouveaux complices, est un morceau d’anthologie et d’humour noir.

La bande-originale du film de Burton fut directement tirée du spectacle, mais l’on y retrouve également de nombreux titres inédits, explorant notamment davantage la romance entre Anthony et Johanna, ainsi que l’attirance du juge Turpin pour sa pupille.

La version de Burton, avec Johnny Depp et Helena Bonham Carter

L’orchestre symphonique de la fosse magnifie le tout, et cette macabre fable, pas si loin de la tragédie, en vérité, imprègne les spectateurs conquis. Dans le métro du retour, le sourire aux lèvres, on chantonnera encore cet air pesant du chœur – and so did Sweeney Todd, the demon barber of Fleet Street.

California trip ~ pieces of a mindblowing summer

L’été dernier, en août 2010, je suis allée jouer à la Belette Globe-Trotter à Santa Cruz, CA, à une centaine de kilomètres au Sud de San Francisco. Ce fut une expérience magnifique, et j’aime tant le journal de bord que j’ai tenu durant mon séjour que j’ai décidé d’en publier quelques pages.

Sur des mers plus ignorées, l’ancêtre littéraire de Jack Sparrow

Le 18 mai 2011 sortira dans les salles françaises le très attendu Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence, quatrième opus de la saga. Enorme erreur, renouvellement total, produit commercial ?

Il n’est pas aujourd’hui question de trancher, mais de mettre en lumière le roman de Tim Powers, Sur des mers plus ignorées, dont s’inspire officiellement le scénario.

« Fin du XVIIe siècle, dans le Nouveau Monde. Là seulement la magie continue de procurer la jeunesse éternelle, de ramener les morts à la semi-vie et de rendre fous d’horreur les rares Européens qui s’y aventurent ; tel ce père qui cherche à faire revivre sa femme dans le corps de sa fille… Voguant vers la plantation qui lui revient de droit, Chandagnac est capturé par des pirates et sera forcé de se joindre à eux. Pour sauver Beth des atroces pratiques magiques que son père s’apprête à lui faire subir, devra-t-il aussi s’initier aux fabuleuses puissances du vaudou et de ses loas ? mener une lutte sans merci contre les magiciens et les pirates, les loas et les bocors, les zombies, la folie et la mort ? »


Dès le prologue, l’intrigue est semée : action, magie, vaudou et piraterie, ça promet des rebondissements. Aussi, lorsque notre héros, John Chandagnac, apparaît, embarqué sur le Vociferous Carmichael pour rejoindre Haïti où il entend bien récupérer son héritage, on sait qu’il n’arrivera pas à bon port.

John – dont le nom de pirate devient très vite « Jack Shandy », notez les initiales – est un personnage pour le moins conventionnel ; naïf et courageux, prêt à tout pour sauver Beth, il rappelle immédiatement le Will Turner de la saga des Pirates. A la différence que ce Will-là aurait le côté mutin de Sparrow, et que sa place dans les mythes de la piraterie se dessine sans tarder : des duels à mort aux lettres de grâce, du poste de cuisinier à celui de second, du rhum cuvé sur une plage des jours durant à l’apprentissage de la navigation, ce Jack Shandy a tout du « Will Turner deviendra grand », d’un Jack Sparrow en devenir.

Les autres personnages ne sont pas en reste ; si Beth Hurwood (la fille à sauver) est assez peu développée, l’équipage des pirates recèle son lot de bonne surprises – mention spéciale à Philip Davies, redoutable second de Barbe-Noire, impitoyable et néanmoins touchant mentor de Shandy, qui reste, je crois, mon personnage préféré. Barbe-Noire, en revanche, est décevant : malgré la fin retentissante, il reste en retrait, sans endosser le rôle du méchant principal, et c’est bien dommage compte tenu du potentiel terrifiant de cette figure mythique.

Sur des mers plus ignorées possède l’énergie jouissive et le souffle magique d’une cure de jouvence ; on se prend à rêver de trois-mâts, de trésors et d’abordages, et c’est sans remord qu’il faut s’abandonner à ce plaisir régressif, car le roman, publié en 1987, se déguste comme un vieux rhum.

Une véritable plongée dans la piraterie du XVIIe siècle, avec le piment original qui a fait le succès de la saga Disney, ce goût d’aventure oscillant vers le fantastique. Le vrai bonheur, c’est de goûter, justement, à cet univers maritime sans l’aura « parc d’attractions » : pas d’impasse sur la dure condition de pirate, sur les duels sanglants et la cruauté des capitaines ; pas de censure de l’alcoolisme ou des (rares, tout de même) allusions sexuelles ; surtout, la magie vaudou perd son côté « films tous publics » et redevient celle des rituels terrifiants, des incantations maléfiques qui font basculer l’histoire dans le fantastique.

Par les recherches poussées de l’auteur dans ces deux domaines (magie vaudou et vérité historique de la piraterie), le roman gagne en profondeur, mais surtout en véracité. La Fontaine de Jouvence (moins centrale dans le livre qu’elle ne le sera sûrement dans le film) est un grand moment d’absurdité scientifique, mais dans l’ambiance feutrée et poisseuse de l’âge d’or de la piraterie, on y croit. Vraiment. L’autre bonne idée magique, c’est la réincarnation (véritable intrigue du roman), car elle permet de formidables retournements de situation.

D’une péripétie à l’autre, le style rythmé et élégant de Powers parvient à emporter la totale adhésion du lecteur dans une joyeuse embarquée fantastique.
Menée par un jeune ingénu promu pirate par le destin, et par une bande de boucaniers hauts en couleurs dont les méchants ne sont pas toujours ceux que l’on croit, cette aventure s’inscrit dans la lignée directe de la légende de notre ineffable Jack Sparrow. A moins que, à en juger par la date de publication, ce ne soit Jack Sparrow le descendant de Shandy ..?

Sur des mers plus ignorées (On Stranger Tides), de Tim Powers, 349 pages, J’ai Lu, 1987.

Chroniques du vide interstellaire

A – Accepte-moi. Je veux être ton ami.

B – Je ne sais pas. Je ne te connais même pas.

A – Si, enfin ! Nous nous sommes croisés au supermarché, mardi dernier. Tu traînais à la caisse. Je t’ai aidé à porter un sac.

B – Comment connais-tu mon nom ?

A – Un de mes amis me l’a dit.

B – Comment le sait-il ?

A – Une de ses connaissances vous a présentés lors d’une fête, cet été.

B – Ah, lui ? Oui. Peut-être. Il y en a tellement. J’ai trop d’amis, souvent je ne me souviens pas des noms. Trop encombrant. Inutilement long.

A – Alors c’est comme si tu n’en avais aucun.

B – Non ! Il y a une liste, sept cent quarante-cinq très exactement.

A – Si tu m’acceptes, tu en auras sept cent quarante-six.

B – C’est très tentant. J’aimerais beaucoup avoir sept cent quarante-six amis. C’est bien mieux que sept cent quarante-cinq.

A – Cela fait un de plus.

B – Stupéfiant. J’aime !

A – Tu aimes ? Tu aimes quoi ?

B – Ah, mais ça ! J’aime ça. C’est ce qu’on dit.

A – Il paraît. Je ne sais pas. Je suis nouveau ici.

B – Alors je me dois de t’accepter.

A – C’est vrai ? Oh, merci !

B – C’est la règle : accepter les nouveaux. S’ils n’aiment pas ça, ils s’en iront.

A – Où ?

B – Bah. Ailleurs, va.

A – Je ne m’en irai pas.

B – Non. Puisque je t’ai accepté.

A – C’est gentil de ta part.

B – Oui, n’est-ce pas ? Je me sens d’humeur joyeuse. Allons aimer quelques ça de mes amis, ça leur fera plaisir.

A – C’est certain.

B – Tu me plais, toi ! J’aime ça.

A – Moi aussi.

B – Tu as une photo ?

A – De qui ?

B – De toi, enfin !

A – Quel intérêt ? Tu me vois.

B – Mais toi, je ne peux pas t’aimer. Il faut que j’aime la photo.

A – Je t’avoue que cela me semble un peu décousu.

B – A rencontré un nouvel ami et ne doute pas de son potentiel comique !

A – Pardon ?

B – Ah, rien. Je les en informais.

A – Mais qui ?

B – Mes amis, voyons !

A – Pourquoi ?

B – C’est l’intérêt. Je vais te dire un secret : si tu les informe, ils t’informent aussi.

A – De quoi ?

B – De tout. Ainsi, on est informé.

A – Ils disent pourquoi le ciel est bleu ?

B – Non.

A – Les numéros gagnants du Loto ?

B – Non.

A – Ils parlent des élections présidentielles ? Du rapport sur l’environnement ? Peut-être même qu’ils savent si le chômage a diminué ?

B – Mais non, voyons ! Du chômage ? Des élections ? Tu délires ! Personne n’écouterait. D’ailleurs, qui s’en soucie ?

A – Ah, pardon. De quoi parlent-t-ils ?

B – Ils parlent d’eux. Je parle, aussi. De moi. Et tous ensemble nous parlons des gens. Parce qu’au fond, c’est le seul sujet inépuisable depuis la nuit des temps, pas vrai ? Les gens. La vie. Et puis le monde tourne, et les informations changent. Ca recommence.

A – Je crois que j’aime ça.

B – Ah, tu vois ! Je le savais. Tu prends le coup. Tu vas voir, ça vient vite.

Un petit délire théâtral à la Samuel Beckett… Les yeux sont la propriété de Mark Zuckerberg et le texte d’Une Belette Masquée®. Je ne vous l’avais pas dit ? J’aime pas Facebook.

Published in: on 18/04/2011 at 140733  Comments (2)  
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Belle & Sebastian au Grand Rex

Lundi  11 avril 2011, peu avant 20h30

Devant les écrans lumineux et colorés du Grand Rex qui, ce soir, clignotent de tapageurs « BELLE AND SEBASTIAN EN CONCERT », et malgré le vent froid parisien ayant ressurgi par surprise, une foule de fans de tous les âges (ou presque) se presse à l’entrée, longeant la rue sur plus de cent mètres.

Belle & Sebastian, groupe d’indie rock venu de Glasgow, et connu notamment pour avoir participé à la bande-originale du film Juno, est de retour à Paris. Un retour plutôt discret en somme, puisqu’à part une annonce ténue dans le métro, police d’écriture moyenne dans la vague de noms de l’affiche, le concert n’a pas fait la une. Aussi voici notre envoyée spéciale stupéfaite de trouver tant de monde devant le Grand Rex, qui plus est tant de monde bien informé sur le groupe (certes, notre reporter est loin d’être une pro en matière de musique, mais tout de même).

Entrons donc dans l’immense salle du mythique cinéma, et au balcon s’il vous plaît ! Au-dessus de la scène, qui a remplacé l’écran, le plafond est couvert d’étoiles, et aux murs se dressent de grands décors dignes d’une ville des mille et une nuits.

Les spectateurs cherchent encore fébrilement un siège vide que déjà, les lumières s’éteignent, et Zoey Van Goey, le groupe canadien de première partie, esquisse ses premières notes. Dans un français hésitant (« C’est la première fois que je parle en français depuis que j’ai douze ans » nous confie le musicien au micro), le leader s’enhardit, lance quelques vannes, et finalement, paraît plutôt à l’aise. Malgré un son moyen, leurs chansons détonnent, balades pop et parfois même rock, avec une belle voix féminine un peu rétro. On aimerait qu’ils restent, et n’est-ce pas la meilleure chose que peut espérer un groupe en assurant une première partie ?

Sous les applaudissements joyeux des spectateurs séduits, Zoey Van Goey s’incline et laisse place aux tant attendus Belle & Sebastian.

Enfin… Laisse place aux techniciens, plutôt. Car il faut une longue demi-heure avant que les instruments soient tous en place, et qu’ils n’arrivent !

Le show s’ouvre sur le culte morceau Stars of track and field, et le nom moins culte Expectations (l’un des titres figurant sur la BO de Juno). Stuart Murdoch, chanteur du groupe, est en noir de la tête aux pieds, sans oublier un petit borsalino, avec lequel il joue d’ailleurs en se trémoussant sur le rythme des guitares, violons, contrebasses, batteries, flûtes traversières, tambourins, pianos (liste non exhaustive).

Parfois demandées par le public, souvent plébiscitées par les applaudissements dès les premières notes, les chansons s’enchaînent, cultes ou moins cultes, successivement très anciennes (« This one is dated of 1996… Some of you weren’t even born ! » – rire général) ou récentes, tirées de leur dernier album, Write About Love.

Alors oui, toutes les places sont assises, oui, ils parlent en anglais, mais l’ambiance n’en est pas moins bonne, et même, au fur et à mesure que Belle & Sebastian prennent de l’assurance, très bonne. Au concours de « rythmique » proposé par Murdoch, deux jeunes hommes plutôt dingues n’hésitent pas à répondre présents pour se déchaîner sur la scène ! Ils seront décorés de mignonnes médailles, tout comme les trois jeunes femmes et le petit garçon, dix ans tout au plus (il y a donc effectivement des fans nés après 1996 !) qui les suivront. Ces derniers ne restent pas moins de trois chansons sur scène pour danser avec Murdoch. Le public n’est pas en reste, puisque certaines fans lui hurlent des « I love you ! » (certains fans aussi, d’ailleurs), ce à quoi le chanteur répond « Me too… But we can never be together… Why ? Well, ‘cause my wife is watching on Internet ! ».

L’inévitable rappel se fait sous un tonnerre d’applaudissements et une standing ovation, même s’ils « doivent retourner tôt au bus pour partir en Suisse » ! En espérant les revoir vite.

Liste des chansons :
The Stars of Track and Field
Expectations
Write About Love
Women’s Realm
I’m Not Living in the Real World
Piazza, New York Catcher
I Want the World to Stop
Lord Anthony
Sukie in the Graveyard
The Fox In The Snow
If You’re Feeling Sinister
I’m a Cuckoo
The Wrong Girl
I Didn’t See It Coming
The Boy with the Arab Strap
If You Find Yourself Caught in Love
Judy and The Dream of Horses
Sleep the Clock Around

The Blues Are Still Blue

Published in: on 17/04/2011 at 140133  Laisser un commentaire  
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Happiness only real when shared


Il m’est impossible de lancer un blog critiques sans commencer par le commencement, par le film culte s’il en est de toute ma vie de belette, et de beaucoup d’autres sans doute, inspiration et fascination de milliers de gens de par le monde.

J’ai nommé le magnifique Into The Wild de Sean Penn (sérieusement concurrencé par Juno de Jason Reitman dans mon Top 10, mais j’aurai tout le loisir d’en écrire une critique plus tard.)

Les plus cinéphiles d’entre vous ne sont pas sans ignorer que ce film est tiré du livre-reportage éponyme de Jon Krakauer, publié en 1996 (Voyage au bout de la solitude en VF). Cette critique mêlera donc à la fois livre et film, puisque les deux se recoupent et se complètent à la fois, afin de nous conter l’incroyable aventure qui fut celle de Christopher ‘Alexander Supertramp’ McCandless.

Je n’ai pas vu Into The Wild au cinéma, et comme pour nombre d’autres films, je le regrette encore. Il fait partie de ces films qu’il faut voir sur l’écran le plus grand possible, et plus grand encore, parce qu’une minuscule télé ne pourra jamais totalement retranscrire la beauté glaciale des paysages d’Alaska dans lesquels McCandless évolue. Cependant, Home Cinéma ou écran d’ordinateur importent finalement peu tant c’est la dimension philosophique et spirituelle d’Into The Wild, en plus de ses paysages naturels à couper le souffle, qui en font un film culte, émouvant, fabuleux à bien des égards.

Christopher McCandless a 22 ans. Il est brillant, vient d’être diplômé, et est promis à un grand avenir. Mais l’été suivant sa graduation, Chris disparaît, sans prévenir personne et sans laisser d’adresse, pour un grand périple à travers les Etats-Unis, vers la nature, l’humanité, la vérité. Et la solitude, forcément. Sous le pseudonyme d’Alexander Supertramp (« super-vagabond » comme le traduit si bien la VQ), il traverse l’Arizona, la Géorgie, la Louisiane, le Texas, le Nouveau-Mexique, la Californie, l’Oregon, le Montana, en voiture puis à pied, dans son désir d’aventure et son rejet de la société de consommation. Supertramp travaille dans un ranch, rencontre des hippies, descend le Colorado en kayak, fait de l’auto-stop ; Supertramp est libre. Puis vient la suprême aventure : « my Alaskan odyssey », comme il le nommait lui-même. Un voyage jusqu’aux froides terres d’Alaska, seul face à la nature. A la repoussée des limites pour comprendre la véritable essence de l’homme.

Le film comme le livre retracent le parcours peu linéaire de McCandless (il monte au Nord, descend dans le Sud, remonte), tant par des bribes de souvenirs que confient ses proches en interview (le livre) que par un montage décousu, perturbant tout d’abord mais finalement très pertinent (le film). Après tout, que Chris file sur les rapides du Colorado ou croise l’ours d’Alaska, c’est la Nature, omniprésente, et la soif de liberté qui l’accompagnent.

Le personnage de Chris peut sembler incompréhensible. « Trop franc, » « trop idéaliste », « trop inexpérimenté », « trop naïf », « trop farouche », et j’en passe, nombreuses furent les critiques à pleuvoir dans la boîte aux lettres de Krakauer après la sortie de son livre. Mais il y eu autant – et même beaucoup plus – de gens que son histoire bouleversa.

« Chris appliquait à lui-même et aux autres une morale implacable », déclare sa sœur Carine, questionnée par l’auteur (on retrouve cette phrase dans le film). Et c’est pour mieux comprendre et découvrir la vérité, au-delà d’une société moralisatrice mais jamais moralement juste, cette société qui le dégoûtait et pouvait le faire entrer dans une colère noire (« Une nouvelle voiture ? Mais je n’en ai pas besoin. Je n’ai aucun besoin d’une nouvelle voiture. Acheter, acheter, acheter, vous ne savez rien faire d’autre ! »). Fervent lecteur de Tolstoï et de Jack London, grand sportif et garçon passionné à la volonté de fer, Christopher McCandless fascine par ses idées, ses idéaux, et sous les traits un peu ronds, un peu rêveurs mais déterminés de l’acteur Emile Hirsch, il devient immédiatement sympathique au spectateur. Pressenti comme trop peu professionnel pour un tel rôle, Emile Hirsch s’est pourtant investi corps et âme, allant jusqu’à suivre un régime draconien pour la deuxième partie du film, celle où McCandless est en Alaska. Et son jeu, tour à tour puissance, émerveillement, excitation juvénile ou finesse de la solitude, est remarquable. Bien que la nature et Supertramp soient les seuls véritables figures du film, les autres acteurs ne sont pas en reste, notamment Vince Vaughn qui trouve ici un beau rôle, loin de ses habituelles comédies à l’américaine, et surtout à noter la présence au générique de la non-dénuée de talent Kristen Stewart (c’était avant qu’elle ne se mette à courir après des vampires stupides et ne perde toute crédibilité).

La bande-originale, signée Eddie Vedder (guitariste de Pearl Jam) magnifie le tout avec des balades rock teintées de mélancolie… Une BO déjà culte, qui défend bec et ongles sa place depuis plus d’un an dans les 25 morceaux les plus écoutés de mon iPod de Belette… (Découvrir pour la première fois les paysages californiens à travers la vitre d’un bus bringuebalant avec 12 heures de décalage dans les dents et Into The Wild dans les oreilles, ça fait son petit effet. Mais je m’égare.)

La mise en scène de Sean Penn est sobre et sonne juste. Il livre avec Into the Wild un film saisissant, empreint de liberté, une ode sincère à l’homme que fut Christopher McCandless et une fidèle adaptation du poignant reportage original de Jon Krakauer, qui était porté par un superbe style d’écriture (à lire en anglais de préférence).

Pour finir, je souhaite insister sur les petites différences entre livre et film : tout d’abord, s’il a bien brûlé les dollars qu’il possédait (il a mon éternel respect), Supertramp n’a jamais découpé ses cartes de crédit, comme vous pouvez le voir dans la bande-annonce. Le film force le trait de la figure tragique du héros seul dans la nature ; Christopher McCandless le fut, c’est certain – mais il pensait revenir un jour à la civilisation. Il est également important (sans dévoiler la fin) de souligner que celle que décrit le film n’est pas exacte : au moyen d’une confusion entre deux plantes sauvages, le scénario s’autorise à nouveau une petite entorse à la véritable histoire de Supertramp… Enfin, dans son livre, Jon Krakauer a souhaité relater de ses recherches sur McCandless telles qu’il les a vécues, les ponctuant de descriptions des lieux tels qu’ils le sont aujourd’hui, d’entretiens avec ses proches, et même de ses expériences personnelles lorsqu’elles sont pertinentes.

S’éloignant alors du personnage de cinéma, McCandless devient, plus encore, l’ami, le frère rêvé, le double héroïque dont on se sent soudain si proche, si seul, aussi, lorsqu’il faut fermer le livre, éteindre la télé, et accepter l’absence de celui qui comprit, au bout de la solitude, que le bonheur n’est réel que partagé.

Published in: on 16/04/2011 at 140833  Comments (2)  
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Laissez entrer le soleil, la terre vous dit hello !

J’ai toujours rêvé d’être une belette.

C’est vachement pratique d’être une belette, ne serait-ce que pour la taille qui permet de se faufiler partout sans se faire remarquer (ou amadouer les gens avec un petit museau mignon).

Non, mais vous imaginez, dans les files d’attente des concerts ? Qui remarque une belette ? Seule une belette peut se planquer entre les étagères de la librairie ou les sièges du ciné pour lire toute la nuit/regarder toutes les séances du dernier Pirates des Caraïbes (ah oui, parce qu’au cas où vous ne le sauriez pas, les belettes sont fans du Capitaine Jack Sparrow. Si si).

Quand tu es une belette, tu peux grimper dans les arbres et personne n’a rien à y redire. Tu peux entrer dans un trou pas plus gros qu’une pièce de 2€. Tu peux même bouffer des batraciens. Mais surtout, quand tu es une belette, tu peux te rouler en boule pour dormir et ça, c’est trop cool.

Mais aujourd’hui, cher lecteur, il ne s’agit pas de dormir (ni de se rouler en boule ; enfin, si vous arrivez à lire un article en vous roulant en boule… après tout pourquoi pas).

La petite Belette que je suis s’apprête à revêtir le masque de la Blogosphère pour exercer sa plume et vous faire part de ses critiques ciné, lecture, spectacles, concerts… ainsi que d’éventuelles oeuvres personnelles, puisque mes minuscules pattes de Belette ont, durant mes années lycée (désormais achevées, je suis actuellement une Belette étudiante), assemblé un gros tas de mots pour en faire un roman. Les Anges de Haven – De la déchéance d’une utopie, mais je pense qu’on aura l’occasion d’en reparler. (éditeur, es-tu là?)

Un blog critiques, donc, parce qu’une Belette masquée, c’est cool, mais une Belette journaliste… C’est encore mieux.

Published in: on 14/04/2011 at 140733  Comments (5)  
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