Happiness only real when shared


Il m’est impossible de lancer un blog critiques sans commencer par le commencement, par le film culte s’il en est de toute ma vie de belette, et de beaucoup d’autres sans doute, inspiration et fascination de milliers de gens de par le monde.

J’ai nommé le magnifique Into The Wild de Sean Penn (sérieusement concurrencé par Juno de Jason Reitman dans mon Top 10, mais j’aurai tout le loisir d’en écrire une critique plus tard.)

Les plus cinéphiles d’entre vous ne sont pas sans ignorer que ce film est tiré du livre-reportage éponyme de Jon Krakauer, publié en 1996 (Voyage au bout de la solitude en VF). Cette critique mêlera donc à la fois livre et film, puisque les deux se recoupent et se complètent à la fois, afin de nous conter l’incroyable aventure qui fut celle de Christopher ‘Alexander Supertramp’ McCandless.

Je n’ai pas vu Into The Wild au cinéma, et comme pour nombre d’autres films, je le regrette encore. Il fait partie de ces films qu’il faut voir sur l’écran le plus grand possible, et plus grand encore, parce qu’une minuscule télé ne pourra jamais totalement retranscrire la beauté glaciale des paysages d’Alaska dans lesquels McCandless évolue. Cependant, Home Cinéma ou écran d’ordinateur importent finalement peu tant c’est la dimension philosophique et spirituelle d’Into The Wild, en plus de ses paysages naturels à couper le souffle, qui en font un film culte, émouvant, fabuleux à bien des égards.

Christopher McCandless a 22 ans. Il est brillant, vient d’être diplômé, et est promis à un grand avenir. Mais l’été suivant sa graduation, Chris disparaît, sans prévenir personne et sans laisser d’adresse, pour un grand périple à travers les Etats-Unis, vers la nature, l’humanité, la vérité. Et la solitude, forcément. Sous le pseudonyme d’Alexander Supertramp (« super-vagabond » comme le traduit si bien la VQ), il traverse l’Arizona, la Géorgie, la Louisiane, le Texas, le Nouveau-Mexique, la Californie, l’Oregon, le Montana, en voiture puis à pied, dans son désir d’aventure et son rejet de la société de consommation. Supertramp travaille dans un ranch, rencontre des hippies, descend le Colorado en kayak, fait de l’auto-stop ; Supertramp est libre. Puis vient la suprême aventure : « my Alaskan odyssey », comme il le nommait lui-même. Un voyage jusqu’aux froides terres d’Alaska, seul face à la nature. A la repoussée des limites pour comprendre la véritable essence de l’homme.

Le film comme le livre retracent le parcours peu linéaire de McCandless (il monte au Nord, descend dans le Sud, remonte), tant par des bribes de souvenirs que confient ses proches en interview (le livre) que par un montage décousu, perturbant tout d’abord mais finalement très pertinent (le film). Après tout, que Chris file sur les rapides du Colorado ou croise l’ours d’Alaska, c’est la Nature, omniprésente, et la soif de liberté qui l’accompagnent.

Le personnage de Chris peut sembler incompréhensible. « Trop franc, » « trop idéaliste », « trop inexpérimenté », « trop naïf », « trop farouche », et j’en passe, nombreuses furent les critiques à pleuvoir dans la boîte aux lettres de Krakauer après la sortie de son livre. Mais il y eu autant – et même beaucoup plus – de gens que son histoire bouleversa.

« Chris appliquait à lui-même et aux autres une morale implacable », déclare sa sœur Carine, questionnée par l’auteur (on retrouve cette phrase dans le film). Et c’est pour mieux comprendre et découvrir la vérité, au-delà d’une société moralisatrice mais jamais moralement juste, cette société qui le dégoûtait et pouvait le faire entrer dans une colère noire (« Une nouvelle voiture ? Mais je n’en ai pas besoin. Je n’ai aucun besoin d’une nouvelle voiture. Acheter, acheter, acheter, vous ne savez rien faire d’autre ! »). Fervent lecteur de Tolstoï et de Jack London, grand sportif et garçon passionné à la volonté de fer, Christopher McCandless fascine par ses idées, ses idéaux, et sous les traits un peu ronds, un peu rêveurs mais déterminés de l’acteur Emile Hirsch, il devient immédiatement sympathique au spectateur. Pressenti comme trop peu professionnel pour un tel rôle, Emile Hirsch s’est pourtant investi corps et âme, allant jusqu’à suivre un régime draconien pour la deuxième partie du film, celle où McCandless est en Alaska. Et son jeu, tour à tour puissance, émerveillement, excitation juvénile ou finesse de la solitude, est remarquable. Bien que la nature et Supertramp soient les seuls véritables figures du film, les autres acteurs ne sont pas en reste, notamment Vince Vaughn qui trouve ici un beau rôle, loin de ses habituelles comédies à l’américaine, et surtout à noter la présence au générique de la non-dénuée de talent Kristen Stewart (c’était avant qu’elle ne se mette à courir après des vampires stupides et ne perde toute crédibilité).

La bande-originale, signée Eddie Vedder (guitariste de Pearl Jam) magnifie le tout avec des balades rock teintées de mélancolie… Une BO déjà culte, qui défend bec et ongles sa place depuis plus d’un an dans les 25 morceaux les plus écoutés de mon iPod de Belette… (Découvrir pour la première fois les paysages californiens à travers la vitre d’un bus bringuebalant avec 12 heures de décalage dans les dents et Into The Wild dans les oreilles, ça fait son petit effet. Mais je m’égare.)

La mise en scène de Sean Penn est sobre et sonne juste. Il livre avec Into the Wild un film saisissant, empreint de liberté, une ode sincère à l’homme que fut Christopher McCandless et une fidèle adaptation du poignant reportage original de Jon Krakauer, qui était porté par un superbe style d’écriture (à lire en anglais de préférence).

Pour finir, je souhaite insister sur les petites différences entre livre et film : tout d’abord, s’il a bien brûlé les dollars qu’il possédait (il a mon éternel respect), Supertramp n’a jamais découpé ses cartes de crédit, comme vous pouvez le voir dans la bande-annonce. Le film force le trait de la figure tragique du héros seul dans la nature ; Christopher McCandless le fut, c’est certain – mais il pensait revenir un jour à la civilisation. Il est également important (sans dévoiler la fin) de souligner que celle que décrit le film n’est pas exacte : au moyen d’une confusion entre deux plantes sauvages, le scénario s’autorise à nouveau une petite entorse à la véritable histoire de Supertramp… Enfin, dans son livre, Jon Krakauer a souhaité relater de ses recherches sur McCandless telles qu’il les a vécues, les ponctuant de descriptions des lieux tels qu’ils le sont aujourd’hui, d’entretiens avec ses proches, et même de ses expériences personnelles lorsqu’elles sont pertinentes.

S’éloignant alors du personnage de cinéma, McCandless devient, plus encore, l’ami, le frère rêvé, le double héroïque dont on se sent soudain si proche, si seul, aussi, lorsqu’il faut fermer le livre, éteindre la télé, et accepter l’absence de celui qui comprit, au bout de la solitude, que le bonheur n’est réel que partagé.

Publicités
Published in: on 16/04/2011 at 140833  Comments (2)  
Tags: , ,

The URI to TrackBack this entry is: https://unebelettemasquee.wordpress.com/2011/04/16/happiness-only-real-when-shared/trackback/

RSS feed for comments on this post.

2 commentairesLaisser un commentaire

  1. Voilà qui me donne envie de revoir ce film – tu m’impressionneras toujours, c’est tellement bien écrit ;)!

  2. Bon ben j’ai failli pleurer lol :p bon peut être pas mais tu me donnes envie de le revoir !


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :