Chroniques du vide interstellaire

A – Accepte-moi. Je veux être ton ami.

B – Je ne sais pas. Je ne te connais même pas.

A – Si, enfin ! Nous nous sommes croisés au supermarché, mardi dernier. Tu traînais à la caisse. Je t’ai aidé à porter un sac.

B – Comment connais-tu mon nom ?

A – Un de mes amis me l’a dit.

B – Comment le sait-il ?

A – Une de ses connaissances vous a présentés lors d’une fête, cet été.

B – Ah, lui ? Oui. Peut-être. Il y en a tellement. J’ai trop d’amis, souvent je ne me souviens pas des noms. Trop encombrant. Inutilement long.

A – Alors c’est comme si tu n’en avais aucun.

B – Non ! Il y a une liste, sept cent quarante-cinq très exactement.

A – Si tu m’acceptes, tu en auras sept cent quarante-six.

B – C’est très tentant. J’aimerais beaucoup avoir sept cent quarante-six amis. C’est bien mieux que sept cent quarante-cinq.

A – Cela fait un de plus.

B – Stupéfiant. J’aime !

A – Tu aimes ? Tu aimes quoi ?

B – Ah, mais ça ! J’aime ça. C’est ce qu’on dit.

A – Il paraît. Je ne sais pas. Je suis nouveau ici.

B – Alors je me dois de t’accepter.

A – C’est vrai ? Oh, merci !

B – C’est la règle : accepter les nouveaux. S’ils n’aiment pas ça, ils s’en iront.

A – Où ?

B – Bah. Ailleurs, va.

A – Je ne m’en irai pas.

B – Non. Puisque je t’ai accepté.

A – C’est gentil de ta part.

B – Oui, n’est-ce pas ? Je me sens d’humeur joyeuse. Allons aimer quelques ça de mes amis, ça leur fera plaisir.

A – C’est certain.

B – Tu me plais, toi ! J’aime ça.

A – Moi aussi.

B – Tu as une photo ?

A – De qui ?

B – De toi, enfin !

A – Quel intérêt ? Tu me vois.

B – Mais toi, je ne peux pas t’aimer. Il faut que j’aime la photo.

A – Je t’avoue que cela me semble un peu décousu.

B – A rencontré un nouvel ami et ne doute pas de son potentiel comique !

A – Pardon ?

B – Ah, rien. Je les en informais.

A – Mais qui ?

B – Mes amis, voyons !

A – Pourquoi ?

B – C’est l’intérêt. Je vais te dire un secret : si tu les informe, ils t’informent aussi.

A – De quoi ?

B – De tout. Ainsi, on est informé.

A – Ils disent pourquoi le ciel est bleu ?

B – Non.

A – Les numéros gagnants du Loto ?

B – Non.

A – Ils parlent des élections présidentielles ? Du rapport sur l’environnement ? Peut-être même qu’ils savent si le chômage a diminué ?

B – Mais non, voyons ! Du chômage ? Des élections ? Tu délires ! Personne n’écouterait. D’ailleurs, qui s’en soucie ?

A – Ah, pardon. De quoi parlent-t-ils ?

B – Ils parlent d’eux. Je parle, aussi. De moi. Et tous ensemble nous parlons des gens. Parce qu’au fond, c’est le seul sujet inépuisable depuis la nuit des temps, pas vrai ? Les gens. La vie. Et puis le monde tourne, et les informations changent. Ca recommence.

A – Je crois que j’aime ça.

B – Ah, tu vois ! Je le savais. Tu prends le coup. Tu vas voir, ça vient vite.

Un petit délire théâtral à la Samuel Beckett… Les yeux sont la propriété de Mark Zuckerberg et le texte d’Une Belette Masquée®. Je ne vous l’avais pas dit ? J’aime pas Facebook.

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Published in: on 18/04/2011 at 140733  Comments (2)  
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2 commentairesLaisser un commentaire

  1. Notez l’ironie du « Soyez le premier à aimer ce post », juste en bas de l’article.

  2. La Mongolfière aime ça.
    lol.
    enfin, tu parles, tu parles charles, mais c’est qui qui fait régulièrement des usurpations d’identité, HEIN ???
    ;D
    Bisous ma Pomme. ❤


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