Pirates des Caraïbes 4, « juste » une cure de jouvence

Bon, d’accord, je l’avoue : cela ne sera pas la critique la plus objective de l’histoire de ce blog, pour la bonne raison que les aventures du Capitaine Jack Sparrow ont rythmé mon adolescence, et que son retour dans les salles obscures en ce 18 mai 2011 est pour moi un grand évènement.

On a écrit beaucoup de choses sur la trilogie initiale. Touffus, complexes, inutilement bavards, les scénarios des derniers films le furent. Mais on ne peut enlever à la saga Pirates des Caraïbes cette indescriptible magie du renouveau, du film de pirates qu’on croyait mort et enterré, d’une attraction Disney qui prenait de l’âge, d’un acteur, aussi, dont la carrière amorça, sous les traits de Sparrow, un tournant décisif. Pour le Capitaine Jack, tout simplement, antihéros s’il en est et véritable figure mythique du cinéma des années 2000.

L’annonce d’un nouvel opus a soulevé de nombreuses questions, ainsi que les changements au sein de l’équipe (Orlando Bloom et Keira Knightley, alias Will et Elizabeth, ne sont plus de l’aventure, et le réalisateur Gore Verbinski a laissé sa place à Rob Marshall) ou tout simplement les motivations financières (les trois premières aventures de Jack Sparrow ont rapporté 2,6 milliards de dollars dans le monde). Et cette appréhension méfiante, en entrant dans le cinéma, même une Belette fan de Sparrow ne pouvait que l’avoir. Cela n’empêche pas La Fontaine de Jouvence d’être le digne descendant de la trilogie initiale ; agréable divertissement pour le spectateur lambda, joyeuses retrouvailles sur le pont du Black Pearl pour les fans.

Le film s’ouvre sur le Londres du début du XVIIIe siècle, très loin, donc, des îles caribéennes au parfum de vieux rhum dans lesquelles mouillaient d’habitude nos Pirates. Mais il s’ouvre aussi sur l’audacieuse question de l’identité d’un Jack Sparrow qui n’en est pas un, un quiproquo absurde au cœur duquel le vrai Jack se retrouve, sans parvenir à prouver qui il est, dérouté au point d’en douter lui-même. Derrière cette hésitation se dessine l’homme, la légende, et la limite ténue entre les deux, cette notoriété dont jouit « le plus célèbre des pirates » et qui, soudain, l’humanise, ne serait-ce que par ce regard perdu qui se fraye un chemin entre les habituelles moues assurées. La peur de vieillir, d’être effacé, oublié, Jack Sparrow la connaît ; c’est d’ailleurs ce qui motive son voyage vers la Fontaine de Jouvence.

L’usurpation d’identité est poussée à l’extrême, dans un surprenant combat contre un double mystérieux : parfaite introduction et remarquable entrée du personnage d’Angelica, posée immédiatement comme l’équivalent féminin de Sparrow. La piquante Penelope Cruz apporte à l’univers des Pirates un zeste latino et sexy de romance qui n’en est pas tout à fait une, un double jeu dangereux de mensonges et de séduction, auquel se prendront tour à tour les deux pirates, évidemment jamais synchro.

La conclusion de l’histoire de Will Turner et Elizabeth Swann à la fin du précédent volet nécessitait une nouvelle romance, en la présence du missionnaire Philip (Sam Claflin, convaincant dans son rôle de jeune premier converti mais défaillant) et de la belle Syrena (Astrid Bergès-Frisbey, lumineuse mais sous-employée). Cependant, leur histoire n’est que secondaire, trop soudaine, et surtout trop peu détaillée.

Enfin, last but not least, la galerie des nouveaux personnages accueille un invité de choix en la personne du terrifiant Barbe-Noire, père d’Angelica, déterminé à trouver l’immortalité et tromper la prophétie concernant sa mort prochaine. Dans le rôle du pirate, Ian McShane fait merveille et parvient, de ce regard noir et perçant et ces répliques murmurées dans une cruauté calme, à nous convaincre immédiatement : « I am a bad man ».

L’intrigue, moins emmêlée que celles des précédents volets, fait la part belle à l’action (une course-poursuite à dos de carosses à travers Londres, une évasion géniale à base de palmier, et de superbes combats à l’épée), tout en laissant une grande liberté aux personnages qui complotent chacun dans leur coin pour permettre de beaux retournements de situation. Barbossa, tout particulièrement, surprend, par son engagement dans la marine royale, son histoire, sa détermination, ses nouveaux hobbies, et gagne en profondeur sans jamais trahir le personnage initial. Adressant de discrets clins d’œil aux premiers films, la Fontaine de Jouvence regorge de belles trouvailles scénaristiques, poétiques et humoristiques, à l’instar du sort du Black Pearl, de l’unique – et déjà culte – réplique de Keith Richards, ou encore du navire perché de Ponce de Leon où Jack et Barbossa rivalisent d’équilibre. Le « mode d’emploi » de la Fontaine de Jouvence, un savant échange d’années où toute immortalité repose sur la mort elle-même, est aussi une bonne idée.

Le réalisateur Rob Marshall a divisé son film en trois parties : Londres, le grand large, la jungle de la Fontaine. Si l’océan finit par manquer un peu à nos pirates, les voir sur la terre ferme n’en est pas moins intéressant – et la partie en mer filme intelligemment la vie à bord d’un navire, notamment sa hiérarchie et son organisation, ce que ne faisait pas la première trilogie. La photo, également, est très belle, tels ces longs plans immergés où ondulent les hypnotiques et glaciales sirènes, ainsi que la Fontaine de Jouvence, baignée dans une lumière particulièrement féérique, où le temps est comme suspendu. Le contraste est alors d’autant plus frappant lorsque l’Inquisition espagnole détruit ce temple d’immortalité, intrusion de la raison au sein du fantastique et de… l’irrationnel.

La 3D, annoncée comme « vraie » (comprendre : directement filmé en 3D, et non converti par la suite) n’est pas fondamentalement mauvaise, mais reste très superflue, et peut même empêcher de profiter du film au maximum : les lunettes, trop lourdes, glissent sur le nez, et les sous-titres ressortent de façon étrange.

Hans Zimmer a fait équipe avec le duo de guitaristes Rodrigo e Gabriela pour délivrer une bande-originale aux sonorités de flamenco, revisitant les thèmes désormais classiques ; des mélodies très belles en somme, bien que moins réussies que celles de Jusqu’au bout du monde (3e film).

Alors Jack Sparrow peut bien forcer ses grimaces, malgré l’absence de personnages-clés de la trilogie qui laisse un arrière-goût d’inachevé, La Fontaine de Jouvence tient la seule promesse qu’elle avait après tout annoncée : nous rendre notre âme d’enfant durant 2h21, faire du film lui-même une cure de jouvence. Qu’il ait ou non bu l’eau, on est sûrs, en sortant, que le Capitaine Jack Sparrow a accédé à l’immortalité…

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  1. Je l’ai vu, j’ai bien aimé, je ferai les mêmes critiques que toi (l’histoire entre la sirene et le dévot bof bof) mais sinon pas décue du tout 🙂 Va voir ton ENTG 🙂


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