Dragons, chimères et gentlemen

On entre dans les sous-sols du château – les cachots, peut-être. L’air frais nous prend et, au détour de ce « Cabinet de curiosités », il semble que cette cave protège un véritable monde, tenu secret, réfugié du soleil : celui des Explorateurs de l’Etrange, fiers scientifiques du siècle victorien. En témoignent les multiples photos et films sépias de leurs périples, jusqu’aux confins du globe, ces expéditions de hasard et de poussière où seule la détermination conduit au trésor… Et en ce lieu voici les trésors rassemblés, croquis, études, os, fossiles et animaux naturalisés, bocaux de formol alignés au fond des tiroirs, notes de terrain et échantillons minutieusement étiquetés.

Les Explorateurs de l’Etrange ont consacré leur vie à la recherche des créatures mythologiques et peuvent aujourd’hui nous en mettre plein les yeux : ils ont ramené d’Afrique le crâne du magnifique dragon volant, ils ont capturé la chimère à tête de singe, ont traqué ‘Archibald’ le terrifiant kraken, sont parvenus à dénicher une corne de licorne et ont croisé le chemin du Basilic sans se faire pétrifier par son regard glacial.

Le parcours de cette exposition inhabituelle suit différents lieux d’exploration, de la grotte archéologique au campement dans la brousse, en passant par le laboratoire et le salon anglais du XIXe. Chaque détail, chaque recoin est reconstitué avec une stupéfiante précision, si bien qu’on se prend à penser que le jeune Gaston, tout en rouflaquettes et en complet cintré, va surgir en fumant sa pipe pour nous expliquer d’où vient cette tête réduite ou cet œuf de salamandre. Animaux empaillés, fossiles et os ont été truqués avec humour (le mode d’emploi du pieu de vampire est un monument à lui tout seul), et parviennent à semer le doute : mais, au fait, a-t-il existé, ce Dodo ? Les dessins des créatures sont, eux aussi, très réussis – le crapaud tout droit sorti d’un cartoon autant que le très réaliste phénix.

Si bien que l’époque victorienne de nos livres d’Histoire paraît soudain un peu fade, et que l’on se rêve explorateur(trice, les femmes n’ont pas été oubliées !) dans cet étrange club créé de toutes pièces par le jeune et très doué Camille Renversade, alias Gaston. Pour continuer l’aventure, ce dernier a transcrit l’exposition en un carnet de bord surprenant, personnages et récit inclus.

Dragons et chimères prennent vie dans les décors étonnants de cette singulière exposition, pour le plus grand plaisir de tous ceux qui n’attendaient que cette preuve : mais si, la magie existe, regardez mieux.

Published in: on 19/08/2011 at 140633  Laisser un commentaire  
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Lourmarin, sur les traces d’Albert Camus

S’exiler en Provence, loin de la rumeur parisienne, à l’abri de la foule, à l’ombre des platanes. Tel était le vœu d’Albert Camus lorsqu’il acheta une maison dans le lumineux village de Lourmarin, surplombé par le Luberon. Tel était également celui de la Belette cet été : retrouver la quiétude provençale après une tumultueuse année étudiante à Paris.

A Lourmarin, l’Office du Tourisme organise une visite guidée hebdomadaire sur les traces du célèbre écrivain, journaliste et philosophe de l’absurde.

Dans la lumière blanche des matins de Provence, c’est une ‘balade littéraire’ des plus agréables. Du château qui accueillit Henri Bosco au stade de foot du village, de l’ancien café Ollier où Camus, sous le pseudonyme de « Monsieur Terrasse », allait souvent converser avec les joueurs après le match, jusqu’au cimetière où ceux-ci portèrent son cercueil lorsque ce Juste perdit la vie dans un tragique accident de voiture, en 1960.

Dans divers lieux de Lourmarin, au détour des ruelles étroites, des lectures des œuvres de Camus, ainsi que des souvenirs de Jean Grenier – qui fut son professeur au lycée – et de René Char, la visite retrace avec délicatesse toute l’histoire de l’écrivain, de l’enfance algérienne au prix Nobel. Chaque extrait, choisi avec soin et souligné d’un léger accent du Sud, résonne de façon particulière dans ces endroits où Camus vécut. Comme si Lourmarin lui faisait écho.

Et devant la plus modeste des tombes, celle qu’envahissent les lauriers roses et plants de lavande, devant la pierre gravée simplement d’un nom, ALBERT CAMUS 1913 – 1960, auréolée du soleil de Provence, on peut presque apercevoir l’énigmatique sourire de l’Etranger.

Published in: on 09/08/2011 at 140533  Laisser un commentaire  
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Peter Pan s’envole pour le Théâtre de Paris

Pan est une bouffée d’air frais qui séduisit la Belette durant le mois de mai, et dont le compte-rendu fut happé par les occupations estivales. Avec un peu de retard, voici donc la critique express de cette création d’Irina Brook, présentée au Théâtre de Paris.

Le rideau s’ouvre sur la douce et rythmée mélodie de Straight On ‘Til Morning, une ballade interprétée par Elisabet Ferrer, la chanteuse de Dionysos, interprète de Wendy.

La fraîcheur de sa voix – qui magnifie son chant mais rend son timbre aigu peu supportable – charme immédiatement. Ou peut-être est-ce la présence de tous ces enfants, autour de nous, dans la salle, et celle de Jane, fille de Wendy, à qui l’on raconte l’histoire.

On entre ainsi à Neverland, où le fringant Peter Pan (Louison Lelarge, lutin espiègle, Peter Pan-né), accompagné de Tink la fée jalouse (dont le costume rappelle les effeuilleuses du Moulin Rouge !), livre un combat sans fin contre le terrifiant Capitaine Crochet.

Peter n’a rien perdu de l’inventivité et de l’orgueil dont l’avait doté James Matthew Barrie il y a près d’un siècle. Mais face à la bande de pirates-bras cassés, armés jusqu’aux dents d’instruments de musique et d’un sens du rythme décapant, et surtout face à un Crochet en perfecto et bagouses dignes de Keith Richards, on ne peut s’empêcher d’aimer ces pirates rockers, presque plus que Pan. Ce sont eux qui, plusieurs fois, provoquent un regain d’enthousiasme dans le public, lorsque le souffle de l’épopée vient à manquer (la danse de Tiger Lily, notamment, est un peu longue pour les plus jeunes, trop peu élaborée pour les adultes).

Parmi les seconds rôles, on remarque surtout Nuno Roque, alias John, pur morceau d’humour britannique, et les jumeaux des Lost Boys, Taiwo et Kehinde Awaiye , à la fois mimes, clowns, gymnastes et acrobates, drôles et très doués.

Irina Brook crée Peter Pan à la manière d’un bulle de savon, délicate, imparfaite, poétique voire simpliste (la barque en carton lorgne sans doute un peu trop vers le théâtre en papier mâché), mais pour peu que l’on ait gardé son âme d’enfant, ce Pan-là séduit.

Et l’appel à l’aide de Peter n’a pas pris une ride ; on se prend à crier « Je crois que les fées existent ! » avec tous les bambins de la salle.

La troupe de 'PAN'

Les adieux à Poudlard

Pour beaucoup de gens de mon âge, ce film, qu’il fût ou non attendu comme le messie, symbolise la fin de l’enfance ; le terme du lycée parfois (Poudlard, c’est fini), l’apprentissage – déjà amorcé dans le film précédent – de l’âge adulte, mais surtout, l’aboutissement de dix ans passés aux côtés de Harry.

J’avais sept ans lorsque j’ouvris pour la première fois un tome d’Harry Potter, huit lorsque ce même livre fut adapté sur grand écran. Il est donc peu probable (et je m’en excuse une fois encore) que je sois tout à fait objective sur le sujet. Après tout, peut-être est-ce là l’essence des aventures du petit sorcier, l’histoire d’un engouement universel qui ne laissa personne indifférent.

On avait laissé Harry un peu paumé, entre camping sauvage et chasse aux Horcruxes (ces objets dans lesquels vit une part de l’âme de Voldemort). Le revoici, plus que jamais déterminé à détruire ces objets maléfiques… Cependant, l’heure n’est plus au camping, car, comme l’annonce d’entrée l’affiche, « tout s’arrête ici ».

Et c’est un peu dommage. En effet, trop occupé à suivre Harry, Ron et Hermione dans leurs mésaventures nouvellement criminelles (menaces envers un Gobelin, vol au sein de la banque de Gringotts, libération de dragon féroce, etc) à grand renfort d’effets spéciaux, David Yates perd la profondeur du précédent volet, enchaînant les scènes d’action (renversantes) sans s’attarder autant sur ses personnages, leur détresse, leur solitude.

Et pourtant, malgré ses amis de toujours, malgré l’équipe scolaire de Poudlard au (très) grand complet, Harry est bel et bien seul. Sur ce point, Daniel Radcliffe livre une performance remarquable, mêlée de détermination, de rage et de fatalité. A ses côtés, Rupert Grint, éternel blagueur, délaisse ses grimaces pour un jeu plus en nuances tandis qu’Emma Watson, fidèle à Hermione, fait preuve d’un jeu vif et intelligent sans devoir se forcer. Et bien que la version française soit une complète hérésie, on ne résiste pas aux retrouvailles avec ces trois-là, le cœur pincé au souvenir de leurs bouilles rondes et leurs cravates rouge et or de L’école des sorciers (2001).

Mais au milieu de la ribambelle désormais habituelle de la fine fleur des acteurs britanniques (Helena Bonham Carter, Julie Walters, Michael Gambon, David Thewlis, Maggie Smith – la meilleure – et j’en oublie), c’est le génial Alan Rickman, alias Severus ‘Prince de Sang-Mêlé’ Rogue, qui vole la vedette au trio. Tout comme dans le roman, la vérité déchirante sur son histoire, son double-jeu (triple ?) et son secret, magnifiés par la performance toute en discrétion de Rickman, sont un crève-cœur. A l’instar de la scène du conte Peverell dans la première partie, celle des souvenirs de Rogue est, de loin, la plus belle de ce volet.

Mais d’une façon générale, la photo est, pour chaque scène, un écrin de beauté, du plus attendu des baisers dans la moite et sombre Chambre des Secrets (souvenirs !) à la menaçante nuée de Mangemorts attaquant le château en flammes…

Et pourtant, quelque chose cloche dans cette dernière adaptation, annoncée somptueuse, de la plus grande saga littéraire de l’an 2000. A trop vouloir faire dans le spectaculaire, au cœur des étincelles rouges et vertes de la bataille finale, Yates oublie l’essentiel. Il oublie de nous conter l’histoire du garçon et de l’homme, de la nécessité d’affronter ses démons (aussi terribles, aussi maléfiques soient-ils, en la personne de Voldemort pour Harry) pour grandir. Il oublie que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, avant d’être un mage noir, était surtout un homme imbu de lui-même. Oublie enfin de rendre à chaque personnage son histoire. En faisant quelques entorses au roman de Rowling, il le caricature. Aussi, l’achèvement de la guerre, symbolisé par le regard désabusé du trio sur le château en ruines qui les accueillit à onze ans, a presque l’air d’une scène de trop au milieu de ce trop-plein d’action.

Et ce n’est qu’à la toute-fin, sur le quai 9 ¾ qui nous accueillit, nous aussi, durant l’enfance, que le cœur se serre. Ce n’est qu’au retour au début, rendu grandiose par l’incontournable musique signée John Williams (le score d’Alexandre Desplat, dans le reste du film, n’est d’ailleurs absolument pas notable), que l’on comprend qu’on ne reverra pas Harry.

Et l’on regrette de ne pas avoir pu lui dire au revoir. Dignement.

Published in: on 05/08/2011 at 140533  Comments (1)  
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