Les adieux à Poudlard

Pour beaucoup de gens de mon âge, ce film, qu’il fût ou non attendu comme le messie, symbolise la fin de l’enfance ; le terme du lycée parfois (Poudlard, c’est fini), l’apprentissage – déjà amorcé dans le film précédent – de l’âge adulte, mais surtout, l’aboutissement de dix ans passés aux côtés de Harry.

J’avais sept ans lorsque j’ouvris pour la première fois un tome d’Harry Potter, huit lorsque ce même livre fut adapté sur grand écran. Il est donc peu probable (et je m’en excuse une fois encore) que je sois tout à fait objective sur le sujet. Après tout, peut-être est-ce là l’essence des aventures du petit sorcier, l’histoire d’un engouement universel qui ne laissa personne indifférent.

On avait laissé Harry un peu paumé, entre camping sauvage et chasse aux Horcruxes (ces objets dans lesquels vit une part de l’âme de Voldemort). Le revoici, plus que jamais déterminé à détruire ces objets maléfiques… Cependant, l’heure n’est plus au camping, car, comme l’annonce d’entrée l’affiche, « tout s’arrête ici ».

Et c’est un peu dommage. En effet, trop occupé à suivre Harry, Ron et Hermione dans leurs mésaventures nouvellement criminelles (menaces envers un Gobelin, vol au sein de la banque de Gringotts, libération de dragon féroce, etc) à grand renfort d’effets spéciaux, David Yates perd la profondeur du précédent volet, enchaînant les scènes d’action (renversantes) sans s’attarder autant sur ses personnages, leur détresse, leur solitude.

Et pourtant, malgré ses amis de toujours, malgré l’équipe scolaire de Poudlard au (très) grand complet, Harry est bel et bien seul. Sur ce point, Daniel Radcliffe livre une performance remarquable, mêlée de détermination, de rage et de fatalité. A ses côtés, Rupert Grint, éternel blagueur, délaisse ses grimaces pour un jeu plus en nuances tandis qu’Emma Watson, fidèle à Hermione, fait preuve d’un jeu vif et intelligent sans devoir se forcer. Et bien que la version française soit une complète hérésie, on ne résiste pas aux retrouvailles avec ces trois-là, le cœur pincé au souvenir de leurs bouilles rondes et leurs cravates rouge et or de L’école des sorciers (2001).

Mais au milieu de la ribambelle désormais habituelle de la fine fleur des acteurs britanniques (Helena Bonham Carter, Julie Walters, Michael Gambon, David Thewlis, Maggie Smith – la meilleure – et j’en oublie), c’est le génial Alan Rickman, alias Severus ‘Prince de Sang-Mêlé’ Rogue, qui vole la vedette au trio. Tout comme dans le roman, la vérité déchirante sur son histoire, son double-jeu (triple ?) et son secret, magnifiés par la performance toute en discrétion de Rickman, sont un crève-cœur. A l’instar de la scène du conte Peverell dans la première partie, celle des souvenirs de Rogue est, de loin, la plus belle de ce volet.

Mais d’une façon générale, la photo est, pour chaque scène, un écrin de beauté, du plus attendu des baisers dans la moite et sombre Chambre des Secrets (souvenirs !) à la menaçante nuée de Mangemorts attaquant le château en flammes…

Et pourtant, quelque chose cloche dans cette dernière adaptation, annoncée somptueuse, de la plus grande saga littéraire de l’an 2000. A trop vouloir faire dans le spectaculaire, au cœur des étincelles rouges et vertes de la bataille finale, Yates oublie l’essentiel. Il oublie de nous conter l’histoire du garçon et de l’homme, de la nécessité d’affronter ses démons (aussi terribles, aussi maléfiques soient-ils, en la personne de Voldemort pour Harry) pour grandir. Il oublie que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, avant d’être un mage noir, était surtout un homme imbu de lui-même. Oublie enfin de rendre à chaque personnage son histoire. En faisant quelques entorses au roman de Rowling, il le caricature. Aussi, l’achèvement de la guerre, symbolisé par le regard désabusé du trio sur le château en ruines qui les accueillit à onze ans, a presque l’air d’une scène de trop au milieu de ce trop-plein d’action.

Et ce n’est qu’à la toute-fin, sur le quai 9 ¾ qui nous accueillit, nous aussi, durant l’enfance, que le cœur se serre. Ce n’est qu’au retour au début, rendu grandiose par l’incontournable musique signée John Williams (le score d’Alexandre Desplat, dans le reste du film, n’est d’ailleurs absolument pas notable), que l’on comprend qu’on ne reverra pas Harry.

Et l’on regrette de ne pas avoir pu lui dire au revoir. Dignement.

Publicités
Published in: on 05/08/2011 at 140533  Comments (1)  
Tags: , , , ,

The URI to TrackBack this entry is: https://unebelettemasquee.wordpress.com/2011/08/05/les-adieux-a-poudlard/trackback/

RSS feed for comments on this post.

One CommentLaisser un commentaire

  1. +1000!


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :