Hunger Games : puisse la critique vous être favorable

Après une guerre apocalyptique, une nouvelle société a été bâtie sur les ruines des Etats-Unis. Douze districts, contrôlés par un « Capitole » qui concentre puissance et richesses, doivent désormais donner chaque année, comme punition pour s’être rebellés, un garçon et une fille pour les Hunger Games annuels. Dans une arène colossale et redoutable, les vingt-quatre tributs des districts s’affrontent à mort, des caméras assurant la retransmission en direct du plus morbide des jeux télévisés.

Lorsque sa petite sœur est tirée au sort – c’est-à-dire condamnée à mort – Katniss se porte volontaire à sa place. Son seul mot d’ordre, désormais : survivre.

On a (trop) souvent présenté la série Hunger Games comme l’héritier de Twilight ; c’est à vrai dire la pire insulte qu’on puisse faire à ces livres, certes destinés à un public adolescent, mais dont le seul point commun avec les vampires qui scintillent est leur succès commercial. Sans remuer plus longtemps le couteau dans la plaie béante que sont les vampires végétariens pour la culture de l’humanité, il faut comparer ce qui est comparable, et exclure donc toute analogie entre la plus belle série de navets des années 2010 et ce nouveau-venu, qui compte bien déclasser lesdits navets au box-office.

Il est dans la nature d’un best-seller de devenir un film, dans un temps, un budget et une finesse de scénario plus ou moins restreints. A ce titre, Hunger Games s’en sort plutôt bien.

La première chose qui frappe, c’est la dureté du propos. Des gamins qui s’entretuent, Battle Royale le montrait déjà à sa manière ; mais il s’agit ici d’une société entière qui ferme les yeux sur ses morts. Ou plutôt, les ouvre bien grands, pour ne pas en perdre une miette sur grand écran : l’incarnation vivante du « pain et des jeux », dont Panem, le monde de Katniss, tire son nom.

La dimension télévisée ne veut pas se faire oublier. A trop vouloir appuyer ses mouvements de caméra, à trop filmer les producteurs du Capitole et trop peu le public des districts, Gary Ross oublie d’installer le climat de tension qu’il recherche.  C’est à travers les yeux de son héroïne, la vaillante Katniss, que l’on finit par oublier que l’on filme pour enfin voir ce que l’on filme.

Jennifer Lawrence (Winter’s Bone) porte d’un regard toute l’incompréhension qui nous envahit, dans cette grande course à la survie. C’est elle qui, tour à tour proie et chasseur, parvient à rendre au film sa révolte, et au personnage son humanité. La mort, le deuil, autant de notions personnifiées par les romans, il n’y a qu’elle pour les évoquer, épisodiquement, dans le film. Et lorsqu’elle s’écroule pour pleurer une victime innocente, c’est toute l’injustice d’une société qui se dessine, tout le poids de la vie hantée de disparus.

Dommage qu’il faille déplorer un manque de répondant de la part de ses partenaires : ni Josh Hutcherson, l’autre tribut du district 12, ni Liam Hemsworth ne convainquent dans les rôles masculins – il faut dire que l’intrigue ne les y aide pas, le triangle amoureux n’en étant même pas un. C’est dans les seconds rôles que le casting révèle sa saveur : Stanley Tucci est impeccable en présentateur figé et le trop rare Wes Bentley a conservé l’aura énigmatique qui le faisait briller dans American Beauty.

Si pour les lecteurs des romans, la première partie est une agréable redécouverte de Panem et de son fonctionnement, un spectateur non-averti trouvera longue l’heure et demie qui précède les premiers combats. Ceux-ci, bien que violents et mortels, n’étant jamais une effusion de sang – rappelez-vous, le film ne doit pas être interdit aux moins de douze ans… C’est aux péripéties inventives de rendre à l’arène son intérêt, esquissant en demi-teinte le mépris suprême des directeurs pour leurs candidats, lorsqu’une abeille génétiquement modifiée ou un loup créé par ordinateur deviennent rebondissements avant d’être meurtres.

Seul le regard accusateur de Katniss semble toiser le Capitole. On sait bien qu’un, sans doute même deux autres films suivront, et il y a un certain plaisir à avoir peur pour elle sans avoir peur vraiment. Sûrement parce que le potentiel de son actrice est le premier argument du film Hunger Games, et la meilleure raison d’y voir une adaptation satisfaisante, d’un roman qui valait que l’on parle de lui.