Hit the road, Jack (Kerouac)

Cinema review in collaboration with Fanny Louvier, for City University London, Department of Journalism

Forty years after Jack Kerouac’s beat generation bible On the road was released, it is set on screen. But is the spirit still alive ?
Many famous directors have tried adapting the so-called unadaptable novel and have been defeated by the enormity of the task. On the road encapsulates the dangerous gap between book and film.
Director Walter Salles has surrounded himself with an impressive cast. Sam Riley as the writer Sal Paradise, and the sulfurous Garrett Hedlund, who completely inhabits Dean Moriarty, depict the perfect ambiguous alchemy between the two companions. Stuck in the middle of this male tension, Kristen Stewart, back from the cold embraces of Twilight‘s vampires, shines in her hot-chick part of Marylou, Dean’s underage wife.
One mindblowing landscape follows the other in this vintage postcard-style photography, leaving the 70s-generational deep angst far behind.
Inconditional fans of Kerouac’s prose may be disappointed by this Hollywoodian adaptation, which prefers sex, fuel and Benzedrine to the quest of the remaining truth through a schyzophrenic America.

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Hunger Games : puisse la critique vous être favorable

Après une guerre apocalyptique, une nouvelle société a été bâtie sur les ruines des Etats-Unis. Douze districts, contrôlés par un « Capitole » qui concentre puissance et richesses, doivent désormais donner chaque année, comme punition pour s’être rebellés, un garçon et une fille pour les Hunger Games annuels. Dans une arène colossale et redoutable, les vingt-quatre tributs des districts s’affrontent à mort, des caméras assurant la retransmission en direct du plus morbide des jeux télévisés.

Lorsque sa petite sœur est tirée au sort – c’est-à-dire condamnée à mort – Katniss se porte volontaire à sa place. Son seul mot d’ordre, désormais : survivre.

On a (trop) souvent présenté la série Hunger Games comme l’héritier de Twilight ; c’est à vrai dire la pire insulte qu’on puisse faire à ces livres, certes destinés à un public adolescent, mais dont le seul point commun avec les vampires qui scintillent est leur succès commercial. Sans remuer plus longtemps le couteau dans la plaie béante que sont les vampires végétariens pour la culture de l’humanité, il faut comparer ce qui est comparable, et exclure donc toute analogie entre la plus belle série de navets des années 2010 et ce nouveau-venu, qui compte bien déclasser lesdits navets au box-office.

Il est dans la nature d’un best-seller de devenir un film, dans un temps, un budget et une finesse de scénario plus ou moins restreints. A ce titre, Hunger Games s’en sort plutôt bien.

La première chose qui frappe, c’est la dureté du propos. Des gamins qui s’entretuent, Battle Royale le montrait déjà à sa manière ; mais il s’agit ici d’une société entière qui ferme les yeux sur ses morts. Ou plutôt, les ouvre bien grands, pour ne pas en perdre une miette sur grand écran : l’incarnation vivante du « pain et des jeux », dont Panem, le monde de Katniss, tire son nom.

La dimension télévisée ne veut pas se faire oublier. A trop vouloir appuyer ses mouvements de caméra, à trop filmer les producteurs du Capitole et trop peu le public des districts, Gary Ross oublie d’installer le climat de tension qu’il recherche.  C’est à travers les yeux de son héroïne, la vaillante Katniss, que l’on finit par oublier que l’on filme pour enfin voir ce que l’on filme.

Jennifer Lawrence (Winter’s Bone) porte d’un regard toute l’incompréhension qui nous envahit, dans cette grande course à la survie. C’est elle qui, tour à tour proie et chasseur, parvient à rendre au film sa révolte, et au personnage son humanité. La mort, le deuil, autant de notions personnifiées par les romans, il n’y a qu’elle pour les évoquer, épisodiquement, dans le film. Et lorsqu’elle s’écroule pour pleurer une victime innocente, c’est toute l’injustice d’une société qui se dessine, tout le poids de la vie hantée de disparus.

Dommage qu’il faille déplorer un manque de répondant de la part de ses partenaires : ni Josh Hutcherson, l’autre tribut du district 12, ni Liam Hemsworth ne convainquent dans les rôles masculins – il faut dire que l’intrigue ne les y aide pas, le triangle amoureux n’en étant même pas un. C’est dans les seconds rôles que le casting révèle sa saveur : Stanley Tucci est impeccable en présentateur figé et le trop rare Wes Bentley a conservé l’aura énigmatique qui le faisait briller dans American Beauty.

Si pour les lecteurs des romans, la première partie est une agréable redécouverte de Panem et de son fonctionnement, un spectateur non-averti trouvera longue l’heure et demie qui précède les premiers combats. Ceux-ci, bien que violents et mortels, n’étant jamais une effusion de sang – rappelez-vous, le film ne doit pas être interdit aux moins de douze ans… C’est aux péripéties inventives de rendre à l’arène son intérêt, esquissant en demi-teinte le mépris suprême des directeurs pour leurs candidats, lorsqu’une abeille génétiquement modifiée ou un loup créé par ordinateur deviennent rebondissements avant d’être meurtres.

Seul le regard accusateur de Katniss semble toiser le Capitole. On sait bien qu’un, sans doute même deux autres films suivront, et il y a un certain plaisir à avoir peur pour elle sans avoir peur vraiment. Sûrement parce que le potentiel de son actrice est le premier argument du film Hunger Games, et la meilleure raison d’y voir une adaptation satisfaisante, d’un roman qui valait que l’on parle de lui.

Hugo Cabret, pour l’amour du cinéma

Nous sommes à Paris, au début du siècle dernier, et Hugo court dans une gare. Laquelle ? Elle ne sera jamais évoquée, sauf par un malicieux clin d’œil à une photo mythique, et au fond cela n’a que peu d’importance. Mais Hugo court, et ça, c’est important. Tout d’abord car Martin Scorsese insuffle à cette course-séquence une puissance de mise en scène qui guidera toute l’histoire. Mais aussi, et surtout, parce que Hugo Cabret, jeune orphelin au regard lointain, ne cesse de courir tout au long du film.

Depuis la mort de son père, le garçon vit seul dans le beffroi de la gare, où il remonte les horloges. Obsédé par l’automate cassé dont il a hérité, il court après le temps et le passé à travers l’immense bâtiment, tantôt refuge, tantôt ennemi hostile.

La lumière, qui reflète le grain sépia des photographes de 1930, semble tout droit sortie du roman graphique original de Bryan Selznick. Les décors, magnifiques dans leurs détails, font de la gare un monstre grouillant, véritable canevas de personnages atypiques (le charme discret d’un caméo de Richard Griffiths et Frances de la Tour, par exemple). Sacha Baron Cohen, lui, ne se contente pas d’un caméo. Il compose un inspecteur de garde névrosé mais touchant, sorte de petit soldat à la jambe rouillée : le chat boiteux contre Hugo, souris agile, dans le grand terrain de jeux de la gare.

A l’instar du mystère de l’automate d’argent, qui occupe tout l’esprit d’Hugo, la gare deviendrait un huis clos s’il n’y apparaissait Isabelle pour l’en faire sortir. Chloé Moretz, la déjà très effrontée Hit-Girl de Kick Ass, campe une jeune fille bien plus forte et virile que le frêle Hugo (Asa Butterfield, un peu hésitant). C’est elle qui détient la clé : au sens propre comme au figuré, pour la serrure de l’automate mais aussi pour percer le secret.

Bien malgré eux, voici les deux enfants lancés dans une folle aventure dont Scorsese retourne allègrement le propos : dans le Paris mythique des films du Grand siècle, deux personnages de cinéma cherchent désespérément le secret du 7e art lui-même.

A l’image de l’automate cassé, le père du cinéma, Georges Méliès, n’est plus qu’un relief de sa gloire passée, vendeur presque invisible de vieux jouets dont personne ne veut. Et c’est au cinéma, ce jouet sans cesse renouvelé, que Martin Scorsese rend hommage avec Hugo Cabret : le gadget de la 3D pour magnifier les effets spéciaux centenaires du magicien Méliès. Les mécanismes de cette grande machine à rêve, eux, n’ont pas pris une ride.

Shame on Fassbender

Brandon, trentenaire aisé, erre dans un New York embué. Bars, rues, métro, tous semblent inhabités tant la présence d’autrui l’indiffère ; son attention ne capture que des détails. Le joli cul de sa voisine. Les longues jambes que dévoile une minijupe. Il n’est pas entouré de gens, seulement de sexe, de nymphes interchangeables derrière lesquelles il court. De son job et de ses collègues, nous ne saurons rien ou presque. Il y porte le masque invisible du mec bien, sans histoires, et même lorsque son addiction profonde au sexe sous toutes ses formes semble découverte, on préfère lui trouver des excuses : ces pornos immondes qui polluent ton ordi, tu n’en avais pas connaissance, c’est sans doute un piratage.
Sans mentir, donc, sans pratiquement rien dire, en fait, Brandon flotte dans un océan d’indifférence, celle qu’il porte aux autres et celle qu’on semble lui porter. Son appartement, apologie du vide, trace le paradoxe de cette fausse pudeur. S’y promènent des corps nus – le sien pour commencer – et des prostituées, et puis soudain, une fille, Cissy, sa sœur en fait, mais même cela, il paraît hésiter à nous en informer. Le voilà qui se cache pour mater un porno. La honte, « shame », se dessine peu à peu, un poids sur sa conscience peut-être, au fur et à mesure que Cissy empiète sur son espace vital et s’approprie les lieux.
Leur lien fraternel ambigu mène à une fuite sans fin, Brandon a honte de sa sœur, honte de lui-même, honte d’avoir honte. Alors, il court et il baise.
Le sexe, au-delà de la seule motivation de Brandon, est la matière-même du film. La peau, partout, les gestes évocateurs, les gros plans. De la honte grandit une peur de l’addiction : mais la prégnance du seul sexe pour le sexe le bloque jusque dans ses tentatives d’aller « voir plus loin », dans le brouillard des sentiments. Unique rayon de soleil dans ce sombre tableau, le flirt avec une collègue ne fait que renforcer la honte. Honte d’un corps qui n’est pas d’accord.
Ce corps, splendide mais finalement éteint, c’est celui de Michael ‘cérébral mais pas que’ Fassbender. De son regard, tour à tour blasé ou illuminé par une nouvelle opportunité sexuelle, balaye le film de part en part en le fendant de gravité. Qu’il brûle de désir ou qu’il ne lâche qu’une larme, Fassbender habite la honte – sa performance, récompensée lors de la Mostra de Venise, est de loin la meilleure raison de voir Shame. A côté de lui, même la moue boudeuse et les extravagances de Carey Mulligan semblent de trop.
Dans l’écrin new-yorkais d’une photo épurée mais classe, soulignée par des airs de musique classique et des crescendos assourdissants, la honte de Brandon prend aux tripes. Steve McQueen renverse la situation en faisant du spectateur le voyeur de scènes crues et dures, où le silence prend toute sa place pour mieux faire résonner le vide. Des scènes où l’on se sent de trop, étranger à ces corps perdus, mal à l’aise face au vide et à la lenteur dans laquelle se complaît le réalisateur. Honteux de voir Brandon se débattre seul dans ses désirs inavouables et sa solitude sans rien dire, comme la foule anonyme qui ferme les yeux autour de lui.

Published in: on 12/12/2011 at 141233  Laisser un commentaire  
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Restless, un au-delà serein

Allongé sur le béton, Enoch (Henry Hopper) trace à la craie l’ombre fantomatique du cadavre qu’il n’est pas encore. Dans ses grands yeux pleins d’incompréhension flotte l’épuisement, et la colère qu’une digue de silence retient tant bien que mal. Son corps déborde des contours de craie. Comme si la mort, qu’il semble attendre avec résignation, ne voulait pas de lui.

Ce n’est pourtant pas faute d’essayer : le jeune homme hante les réceptions funèbres, allant jusqu’à communiquer avec un esprit (Hiroshi, kamizake japonais et philosophe à ses heures) pour narguer la Faucheuse. Ou, peut-être, tenter de la comprendre.

Lorsqu’Annabel (Mia Wasikowska), frêle et impromptue rencontre au détour d’un enterrement, arrive à l’écran, c’est pour l’illuminer. Tant par ses tenues singulières, taches multicolores dans le monde ouaté d’Enoch, que par ses répliques – le scénario, qui menaçait de plonger dans un banal mélo, se fraie désormais un chemin entre la folie douce et l’ironie tragique.

Tragique, car Annabel, dans sa beauté diaphane et ses idées loufoques, est tout aussi condamnée qu’Enoch est libre de vivre, tout aussi déterminée à attraper des miettes de vie que le jeune homme est dangereusement attiré par la mort. Tel l’oiseau qui, chaque matin, livre un chant magnifique en se croyant renaître, Annabel et Enoch entrent dans le tourbillon réciproque de leurs voix en écho.

Leur histoire pourrait être celle de milliers d’autres, si elle n’incluait pas le pacte qu’ils nouent intimement : Enoch accompagnera Annabel dans la mort, et en attendant, elle l’accompagnera dans la vie. Mais malgré le ton léger sur lequel flirtent romance et deuil, la tension reste palpable, et la disparition de la jeune fille, à laquelle il nous faudra tôt ou tard convenir, semble de plus en plus irréelle. Le récit s’amuse avec la mort elle-même, repoussant encore et encore l’instant vers lequel tend toute leur touchante mise en scène.

On serait tenté de croire qu’une fois encore dans un film de Gus Van Sant, la mort tient le premier rôle ; pourtant, elle n’existe ici qu’en demi-teinte, davantage au travers d’un revenant – seule véritable incarnation de l’au-delà, qui se plaît à n’apparaître que pour quelques parties de batailles navales imaginaires – que par la menace inéluctable qu’elle devrait représenter.

L’obsession rêveuse d’Annabel pour les théories de Darwin, et ces oiseaux, témoins de l’évolution des espèces, dont elle récite les noms comme une formule magique, parviennent à modifier le sens de sa disparition programmée.

Lors de l’ultime touché-coulé de cette bataille navale qui se joue dans son corps, il ne s’agit plus tant de mourir que de partir sereine. Sur le béton, il y a deux corps tracés à la craie ; et dans les yeux d’Enoch, la mort a disparu.

Published in: on 10/10/2011 at 140933  Laisser un commentaire  
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Ils ont laissé cramer le Toast

« C’est l’histoire d’un garçon qui avait faim. »

L’accroche n’est pas particulièrement alléchante. Le casting, si ; il y a Helena Bonham Carter, muse de Burton, terrifiante Bellatrix des Harry Potter, et surtout comédienne hors-pair. Et il y a Freddie Highmore, que l’on avait quitté en 2005, en Charlie aux grands yeux émerveillés devant la Chocolaterie qu’il venait de gagner. Mais cela ne nous dit en rien pourquoi ce garçon avait faim.

Ce garçon, c’est Nigel Slater, cuisinier britannique très reconnu outre-Manche, qui grandit dans la campagne anglaise des années 60, entre un père fuyant, une mère asthmatique, et des repas en boîtes de conserve. L’analyse psychologique n’y est d’ailleurs pas très fine : l’attirance grandissante pour la « vraie » cuisine après avoir passé douze ans à manger des plats précuits, l’orientation sexuelle hésitante, appuyée dès l’enfance par une scène carrément lourde, enfin l’opposition radicale entre les figures de la mère, piètre cuisinière, qu’il idolâtre, et de la marâtre, véritable cordon bleu, qu’il hait de toutes ses forces.

Non, tant par la photo très colorée que par son approche des traumatismes de l’enfance, ce film ne fait décidemment pas dans la demi-mesure.

On se lasse vite des multiples malheurs, bien que traités de façon plus ou moins humoristique, auxquels doit faire face le petit Nigel, et à la déferlante de recettes de cuisine et de plans de gâteaux de toutes sortes (il y a là cependant une raison aux couleurs criardes : les pâtisseries y sont magnifiques).

Heureusement, Helena Bonham Carter est là. Parfaite, comme toujours, dans le rôle de l’intrigante à moitié folle, qui rappelle, par certains côtés, une Mrs Lovett (Sweeney Todd) inversée. Sa présence porte la majorité du film, et face à elle, Nigel « petit garçon », joué par un jeune acteur inconnu et un peu trop blond, a bien du mal à se faire entendre. On attend désespérément que le héros entre dans l’adolescence – Freddie Highmore, viens vite sauver ce film qui prend l’eau, entre deux complaintes de Dusty Springfield !

Et il arrive, mais très tard (les deux tiers du film sont consacrés à l’enfance du chef, qui, à part un faible pour la cuisine, évoqué en passant, n’a pas grand-chose d’un chef). Alors soudain l’histoire s’éclaire un peu, désormais le combat contre la marâtre est loyal ; le petit acteur britannique a bien grandi, et son talent aussi. Il l’emploie ici à rendre crédible les aspirations culinaires de Nigel, dans le peu de temps qu’il nous reste. Mais le scénario ne l’y aide pas beaucoup : trop exagérée, la revanche tardive, trop peu exploitée, la révélation de son attirance pour les hommes.

On laisse Nigel à l’orée de son illustre avenir, avec le sentiment d’avoir été trompés sur la marchandise.

Published in: on 06/10/2011 at 140233  Laisser un commentaire  
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He still hasn’t found what he’s looking for

Dublin, 1976. Neil McCormick (Ben Barnes) est né pour être une rock star, il n’en a jamais douté (et n’en doutera jamais). Aidé de son frère Yvan (Robert Sheehan), il crée Shook Up, le groupe irlandais qui va révolutionner le rock… ou pas. Car dans leur lycée se fonde un autre groupe, dont le leader se fait appeler ‘Bono’…

Passé inaperçu à sa sortie en salles cet été, Killing Bono est le biopic le plus étrange de l’histoire du rock, une anti-success story décapante et décalée qui suit les galères incroyablement nombreuses du looser McCormick. Durant dix ans, de Dublin à Londres et de studios en squats gays, Neil mène Shook Up de façon désastreuse (et drôle, forcément), s’appliquant à ne faire que les choix les plus foireux. Et même dans l’ombre de l’immense popularité de U2, même affublé de costumes hideux, McCormick ne cesse jamais de croire qu’il deviendra « plus célèbre que Bono ».

Cette improbable confiance est le moteur du film, et sans doute sa seule raison d’être ; si McCormick abandonne, tout sombre dans le ridicule. Mais en persistant dans l’absurde, il le détruit, et nous ne résistons pas au plaisir de le voir se démener ainsi.

C’est peut-être – et surtout – grâce à Ben Barnes. A mille lieues du fade Prince Caspian de Narnia (« ah, oui, c’est là que je l’ai vu ! »), l’acteur britannique se découvre un beau potentiel comique, des talents de chanteur, et même un accent irlandais à couper au couteau. Barnes en fait des tonnes, saute, chante et cabotine, il s’en fiche, il mène la danse. Du coup, derrière lui, Robert Sheehan (révélation de l’excellente série Misfits) est un peu largué et peine à suivre le rythme – c’est dommage, vu sa capacité hors norme à faire des grimaces géniales. Mais le duo sait convaincre, tant sur scène (ils chantent tous deux sur la BO) que dans leur relation fraternelle.

Robert Sheehan & Ben Barnes

Finalement, c’est de Bono dont il est le moins question. Il est l’idéal à atteindre, à dépasser, une sorte de Dieu incarné qui plane sur McCormick en souriant d’un air moqueur, et n’apparaît que rarement, juste assez pour que n’oublie pas que c’est son nom, à lui, auquel le titre fait honneur. En somme, juste assez pour nous rappeler que c’est aussi l’histoire du plus grand groupe irlandais de rock, et que l’histoire de haine et fascination entre U2 et McCormick tient finalement à peu de choses. Simplement à un teen band ayant gagné la course aux fans. (A noter que le véritable Bono a vu le film et demande à tout le monde : « Did you see Killing Myself ? »).

Peu servi par sa mise en scène mais doté d’une bande-originale très sympathique, cet hybride de rock et de cinéma, inspiré d’une histoire vraie, tient toutes ses promesses, à commencer par l’humour. En témoigne cette réplique de McCormick, qui résume tout : « I love you, Gloria, I’d like to write a song for you, but someone already did it. – Who ? – Bono. »

Published in: on 14/09/2011 at 140833  Comments (2)  
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Les adieux à Poudlard

Pour beaucoup de gens de mon âge, ce film, qu’il fût ou non attendu comme le messie, symbolise la fin de l’enfance ; le terme du lycée parfois (Poudlard, c’est fini), l’apprentissage – déjà amorcé dans le film précédent – de l’âge adulte, mais surtout, l’aboutissement de dix ans passés aux côtés de Harry.

J’avais sept ans lorsque j’ouvris pour la première fois un tome d’Harry Potter, huit lorsque ce même livre fut adapté sur grand écran. Il est donc peu probable (et je m’en excuse une fois encore) que je sois tout à fait objective sur le sujet. Après tout, peut-être est-ce là l’essence des aventures du petit sorcier, l’histoire d’un engouement universel qui ne laissa personne indifférent.

On avait laissé Harry un peu paumé, entre camping sauvage et chasse aux Horcruxes (ces objets dans lesquels vit une part de l’âme de Voldemort). Le revoici, plus que jamais déterminé à détruire ces objets maléfiques… Cependant, l’heure n’est plus au camping, car, comme l’annonce d’entrée l’affiche, « tout s’arrête ici ».

Et c’est un peu dommage. En effet, trop occupé à suivre Harry, Ron et Hermione dans leurs mésaventures nouvellement criminelles (menaces envers un Gobelin, vol au sein de la banque de Gringotts, libération de dragon féroce, etc) à grand renfort d’effets spéciaux, David Yates perd la profondeur du précédent volet, enchaînant les scènes d’action (renversantes) sans s’attarder autant sur ses personnages, leur détresse, leur solitude.

Et pourtant, malgré ses amis de toujours, malgré l’équipe scolaire de Poudlard au (très) grand complet, Harry est bel et bien seul. Sur ce point, Daniel Radcliffe livre une performance remarquable, mêlée de détermination, de rage et de fatalité. A ses côtés, Rupert Grint, éternel blagueur, délaisse ses grimaces pour un jeu plus en nuances tandis qu’Emma Watson, fidèle à Hermione, fait preuve d’un jeu vif et intelligent sans devoir se forcer. Et bien que la version française soit une complète hérésie, on ne résiste pas aux retrouvailles avec ces trois-là, le cœur pincé au souvenir de leurs bouilles rondes et leurs cravates rouge et or de L’école des sorciers (2001).

Mais au milieu de la ribambelle désormais habituelle de la fine fleur des acteurs britanniques (Helena Bonham Carter, Julie Walters, Michael Gambon, David Thewlis, Maggie Smith – la meilleure – et j’en oublie), c’est le génial Alan Rickman, alias Severus ‘Prince de Sang-Mêlé’ Rogue, qui vole la vedette au trio. Tout comme dans le roman, la vérité déchirante sur son histoire, son double-jeu (triple ?) et son secret, magnifiés par la performance toute en discrétion de Rickman, sont un crève-cœur. A l’instar de la scène du conte Peverell dans la première partie, celle des souvenirs de Rogue est, de loin, la plus belle de ce volet.

Mais d’une façon générale, la photo est, pour chaque scène, un écrin de beauté, du plus attendu des baisers dans la moite et sombre Chambre des Secrets (souvenirs !) à la menaçante nuée de Mangemorts attaquant le château en flammes…

Et pourtant, quelque chose cloche dans cette dernière adaptation, annoncée somptueuse, de la plus grande saga littéraire de l’an 2000. A trop vouloir faire dans le spectaculaire, au cœur des étincelles rouges et vertes de la bataille finale, Yates oublie l’essentiel. Il oublie de nous conter l’histoire du garçon et de l’homme, de la nécessité d’affronter ses démons (aussi terribles, aussi maléfiques soient-ils, en la personne de Voldemort pour Harry) pour grandir. Il oublie que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, avant d’être un mage noir, était surtout un homme imbu de lui-même. Oublie enfin de rendre à chaque personnage son histoire. En faisant quelques entorses au roman de Rowling, il le caricature. Aussi, l’achèvement de la guerre, symbolisé par le regard désabusé du trio sur le château en ruines qui les accueillit à onze ans, a presque l’air d’une scène de trop au milieu de ce trop-plein d’action.

Et ce n’est qu’à la toute-fin, sur le quai 9 ¾ qui nous accueillit, nous aussi, durant l’enfance, que le cœur se serre. Ce n’est qu’au retour au début, rendu grandiose par l’incontournable musique signée John Williams (le score d’Alexandre Desplat, dans le reste du film, n’est d’ailleurs absolument pas notable), que l’on comprend qu’on ne reverra pas Harry.

Et l’on regrette de ne pas avoir pu lui dire au revoir. Dignement.

Published in: on 05/08/2011 at 140533  Comments (1)  
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Woody Allen voit Paris en couleurs

Après la scène d’ouverture de Midnight in Paris, véritable brochure touristique animée de la Ville-Lumière, il y a deux possibilités. Soit la vision mythique et idéale de la capitale agace : dans ce cas, le déluge de citations, de compliments et l’état d’émerveillement permanent devant Paris dans lequel sont plongés les personnages, mêlé à un défilé de boutiques, hôtels et restaurants de luxe, ne va pas arranger les choses. Soit on choisit de se laisser porter, au gré des images – toutes superbes, bien que je suspecte Woody Allen d’avoir sérieusement retouché les couleurs, puisque, tout comme pour Amélie Poulain, je n’ai jamais vu à Paris de pavés si blancs et de fleuve si bleu – et de suivre dans ses déambulations nocturne l’américain Gil, écrivain bohème au regard perdu, qui semble suffoquer au milieu de toutes ces réceptions snobs et ces dîners chics.

Il ne faut pas avoir peur du trait forcé sur le beau Paris, ni de l’arrière-goût de conte de fées, lorsqu’aux douze coups de minuit, sur les marches de l’église St Etienne du Mont, Gil s’échappe, sans prévenir et sans comprendre, dans les années 1920, son « âge d’or ».

Mais alors la magie de Woody Allen opère complètement. Les années folles renaissent sous nos yeux, et Gil (sympathique Owen Wilson) avec elles… Des salons littéraires aux cafés de Saint-Germain, voici que l’écrivaillon côtoie ses idoles ; c’est l’occasion de croiser, pêle-mêle, Hemingway, Van Gogh, les Fitzgerald, Picasso ou encore Dali (impayable apparition d’Adrian Brody !), au point que l’on finit par se demander, amusé, qui sera le prochain.

Avec son légendaire et si particulier humour, Woody Allen tisse une belle fable à travers le temps et développe intelligemment le mythe de l’âge d’or, celui de Gil et des autres, de cette femme intouchable (sublime Marion Cotillard, en presque-fantôme pas si loin d’Inception) pour qui le passé doré n’est qu’un fade présent…

De la promo du film, on a surtout entendu parlé du caméo de Carla Bruni-Sarkozy, et c’est dommage, car son rôle de guide (dont elle se sort honorablement) aurait pu être tenu par n’importe quelle autre actrice. Mais peut-être la présence d’acteurs français (Cotillard, Bruni, mais aussi Léa Seydoux et Gad Elmaleh, trop peu exploité) n’est qu’une façon de plus, pour Woody Allen, de déclarer sa flamme à Paris…

En sortant, le plus grand plaisir réside dans cette question : « Et toi, c’est quoi ton âge d’or ? »

Published in: on 06/06/2011 at 141133  Comments (2)  
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Podalydès à l’Elysée

L'affiche à elle toute seule méritait un article. Je ne m'en lasse pas.

Un film sur Sarko, l’idée était déroutante. Et nouvelle, puisqu’il s’agit en France du premier film sur un Président en exercice.

Mais finalement, cette Conquête est davantage œuvre de fiction que documentaire. Les toutes premières images donnent le ton : dans le clair-obscur du petit matin de ce 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy joue nerveusement avec son alliance, désespérément seul. Joue avec ses deux images, la publique – l’homme politique en fulgurante ascension – et la privée – le mari délaissé au pire moment –, entre ce « corps » d’autorité du leader charismatique, qu’il est sur la scène UMP, et celui, affaissé dans son fauteuil, presque brisé, que l’on découvre dès l’ouverture.

Je n’ai pas la moindre sympathie pour Nicolas Sarkozy, que cela soit bien clair. Et la tendance clairement défendue par le film, à savoir de se glisser derrière le politique pour filmer « l’homme », me semble pernicieuse : ce discours de campagne, « Je suis fils de Juif et d’émigrés hongrois », qui l’humanise instantanément, prend un visage très hypocrite, voire ironique, à la lueur des politiques d’immigrations ayant suivi son élection.

Cependant, à travers une œuvre de fiction, même ses opposants peuvent trouver le personnage touchant. Ne serait-ce que pour les répliques invraisemblables, face à Chirac ou Villepin, dont on sait qu’elles sont vraies sans pour autant parvenir à y croire, tant elles sonnent comme de vraies répliques de cinéma. Le trio Chirac/Villepin/Sarkozy, sous des traits très forcés, est bien rendu (mêmes mimiques, même coiffures, mêmes gestuelles et mêmes registres de langue !) et permet de nombreux faces à faces comiques, mais n’échappe pas aux écueils dangereux de la satire politique, que l’on frôle à plusieurs reprises.

Dans le rôle principal, Denis Podalydès est criant de vérité (à tel point qu’il m’a fallu plusieurs minutes, à la sortie, pour parvenir à me détacher de son visage et me souvenir de celui du véritable Président). Reproduisant parfaitement le timbre de voix de Sarkozy, son débit haletant et froid, il s’agite, s’énerve, manigance et recrée tout entier sa personnalité extravagante, son côté presque « beauf » (intérêt marqué pour Johnny ou le PSG), « bling-bling » (lunettes de soleil, footing sur la plage, cette réplique sur la Ferrari.. !), et surtout ce mélange agaçant de détermination sans faille et de profond égoïsme.

La musique appuie le côté satirique de certaines scènes par des mélodies souvent trop légères et trépidantes pour le sujet (je ne pouvais m’empêcher de penser au thème des Choristes, sans réellement savoir pourquoi… mais cela en dit long).

Filmé comme un thriller dont tout l’intérêt est sapé par une fin au goût âpre que l’on connaît déjà, La Conquête brille surtout (et seulement ?) par l’interprétation géniale de Podalydès, dont le talent ne se dément pas.