Hit the road, Jack (Kerouac)

Cinema review in collaboration with Fanny Louvier, for City University London, Department of Journalism

Forty years after Jack Kerouac’s beat generation bible On the road was released, it is set on screen. But is the spirit still alive ?
Many famous directors have tried adapting the so-called unadaptable novel and have been defeated by the enormity of the task. On the road encapsulates the dangerous gap between book and film.
Director Walter Salles has surrounded himself with an impressive cast. Sam Riley as the writer Sal Paradise, and the sulfurous Garrett Hedlund, who completely inhabits Dean Moriarty, depict the perfect ambiguous alchemy between the two companions. Stuck in the middle of this male tension, Kristen Stewart, back from the cold embraces of Twilight‘s vampires, shines in her hot-chick part of Marylou, Dean’s underage wife.
One mindblowing landscape follows the other in this vintage postcard-style photography, leaving the 70s-generational deep angst far behind.
Inconditional fans of Kerouac’s prose may be disappointed by this Hollywoodian adaptation, which prefers sex, fuel and Benzedrine to the quest of the remaining truth through a schyzophrenic America.

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Hunger Games : puisse la critique vous être favorable

Après une guerre apocalyptique, une nouvelle société a été bâtie sur les ruines des Etats-Unis. Douze districts, contrôlés par un « Capitole » qui concentre puissance et richesses, doivent désormais donner chaque année, comme punition pour s’être rebellés, un garçon et une fille pour les Hunger Games annuels. Dans une arène colossale et redoutable, les vingt-quatre tributs des districts s’affrontent à mort, des caméras assurant la retransmission en direct du plus morbide des jeux télévisés.

Lorsque sa petite sœur est tirée au sort – c’est-à-dire condamnée à mort – Katniss se porte volontaire à sa place. Son seul mot d’ordre, désormais : survivre.

On a (trop) souvent présenté la série Hunger Games comme l’héritier de Twilight ; c’est à vrai dire la pire insulte qu’on puisse faire à ces livres, certes destinés à un public adolescent, mais dont le seul point commun avec les vampires qui scintillent est leur succès commercial. Sans remuer plus longtemps le couteau dans la plaie béante que sont les vampires végétariens pour la culture de l’humanité, il faut comparer ce qui est comparable, et exclure donc toute analogie entre la plus belle série de navets des années 2010 et ce nouveau-venu, qui compte bien déclasser lesdits navets au box-office.

Il est dans la nature d’un best-seller de devenir un film, dans un temps, un budget et une finesse de scénario plus ou moins restreints. A ce titre, Hunger Games s’en sort plutôt bien.

La première chose qui frappe, c’est la dureté du propos. Des gamins qui s’entretuent, Battle Royale le montrait déjà à sa manière ; mais il s’agit ici d’une société entière qui ferme les yeux sur ses morts. Ou plutôt, les ouvre bien grands, pour ne pas en perdre une miette sur grand écran : l’incarnation vivante du « pain et des jeux », dont Panem, le monde de Katniss, tire son nom.

La dimension télévisée ne veut pas se faire oublier. A trop vouloir appuyer ses mouvements de caméra, à trop filmer les producteurs du Capitole et trop peu le public des districts, Gary Ross oublie d’installer le climat de tension qu’il recherche.  C’est à travers les yeux de son héroïne, la vaillante Katniss, que l’on finit par oublier que l’on filme pour enfin voir ce que l’on filme.

Jennifer Lawrence (Winter’s Bone) porte d’un regard toute l’incompréhension qui nous envahit, dans cette grande course à la survie. C’est elle qui, tour à tour proie et chasseur, parvient à rendre au film sa révolte, et au personnage son humanité. La mort, le deuil, autant de notions personnifiées par les romans, il n’y a qu’elle pour les évoquer, épisodiquement, dans le film. Et lorsqu’elle s’écroule pour pleurer une victime innocente, c’est toute l’injustice d’une société qui se dessine, tout le poids de la vie hantée de disparus.

Dommage qu’il faille déplorer un manque de répondant de la part de ses partenaires : ni Josh Hutcherson, l’autre tribut du district 12, ni Liam Hemsworth ne convainquent dans les rôles masculins – il faut dire que l’intrigue ne les y aide pas, le triangle amoureux n’en étant même pas un. C’est dans les seconds rôles que le casting révèle sa saveur : Stanley Tucci est impeccable en présentateur figé et le trop rare Wes Bentley a conservé l’aura énigmatique qui le faisait briller dans American Beauty.

Si pour les lecteurs des romans, la première partie est une agréable redécouverte de Panem et de son fonctionnement, un spectateur non-averti trouvera longue l’heure et demie qui précède les premiers combats. Ceux-ci, bien que violents et mortels, n’étant jamais une effusion de sang – rappelez-vous, le film ne doit pas être interdit aux moins de douze ans… C’est aux péripéties inventives de rendre à l’arène son intérêt, esquissant en demi-teinte le mépris suprême des directeurs pour leurs candidats, lorsqu’une abeille génétiquement modifiée ou un loup créé par ordinateur deviennent rebondissements avant d’être meurtres.

Seul le regard accusateur de Katniss semble toiser le Capitole. On sait bien qu’un, sans doute même deux autres films suivront, et il y a un certain plaisir à avoir peur pour elle sans avoir peur vraiment. Sûrement parce que le potentiel de son actrice est le premier argument du film Hunger Games, et la meilleure raison d’y voir une adaptation satisfaisante, d’un roman qui valait que l’on parle de lui.

One Day, l’amitié à l’épreuve de l’adversité

Commençons par un avertissement, semblable à celui qui ornait l’affiche du très réussi (500) jours ensemble. Ceci n’est pas une histoire d’amour.

A vrai dire, je ne sais pas exactement de quoi cela pourrait être l’histoire. D’amitié, probablement, une amitié particulière, celle que le temps, loin de l’effacer, renforce. Et d’Histoire avec un grand h. Car celle d’Emma et Dexter se déroule sur vingt ans, de 1988 à aujourd’hui.

Sur un campus étudiant d’Edimburgh, ce 15 juillet 1988, Emma Morley et Dexter Mayhew sont de jeunes diplômés. Ils ne passeront ensemble qu’une nuit. « En amis ».

Et chaque année, tous les 15 juillet, Em et Dex se croisent, se perdent, se retrouvent ; cette nuit, leur dernière d’étudiants, la première de leur nouvelle vie, scelle l’amitié, unique et viscérale, entre deux inconnus – ou presque.

Les pages filent au rythme de ces années, à raison d’un chapitre par 15 juillet, et nous les retrouvons, toujours vieillis d’un an, mais jamais vraiment où la page précédente les laissait. Car la magie de One Day, c’est de parvenir à retracer le lent et difficile parcours de l’âge adulte. Emma et Dexter, de façons bien différentes certes, et décalées, n’échapperont ni aux désillusions, ni aux coups du sort ; et la réalité crue de ces deux jeunes vies, dans la société britannique des années 1990, est un personnage à elle toute seule. Em et Dex apprennent la vie.

On peut certes considérer que leur histoire n’a rien de transcendant. Petit boulot dans un fast-food puant, rendez-vous ratés, colocation tardive, échecs, surtout, lors de tentatives avortées de changements de vie. Certes, la réalité les encercle, les empêche de devenir héros de leurs propres aventures, allant jusqu’à les rendre aveugles de la véritable signification de leur improbable amitié. A chaque page, chaque 15 juillet, Emma et Dexter sont liés, heureux ou brisés, et ensemble. Mais jamais ensemble.

Ils sont comme deux faces de la même pièce, que le sort lance sans cesse ; et si l’insupportable – mais irrésistible – Dexter Mayhew connaît chance et succès dès la sortie de l’université, il n’est jamais lui-même sans Emma, écrivain dans l’âme mais bien trop introvertie pour décider de le devenir. Et le vent tourne, évidemment. Mais en emportant tout dans son sillage. Mariage, deuil, succès, enfants… Et lorsque Dex chancelle, Em, toujours debout, vient l’épauler ; lorsqu’Emma est perdue, Dexter l’encourage.

Dans le tourbillon de la vie, de l’ère Thatcher au XXIe siècle, tous deux grandissent, vieillissent, pleins d’incompréhension.

Lorsqu’ils comprennent enfin, il se pourrait bien que le sort ait une nouvelle fois lancé la pièce…

Ce bouleversant roman, servi par le style agréable, parfois rude, mais toujours juste, de David Nicholls (à lire en anglais, une fois encore !), sera adapté au cinéma à la fin de l’année, par Lone Scherfig, la réalisatrice du sympathique Une éducation, avec Anne Hathaway et Jim Sturgess (magnifique Janusz des Chemins de la liberté) dans les rôles principaux.

Vivement One Day.

Published in: on 03/05/2011 at 140933  Comments (1)  
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Sur des mers plus ignorées, l’ancêtre littéraire de Jack Sparrow

Le 18 mai 2011 sortira dans les salles françaises le très attendu Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence, quatrième opus de la saga. Enorme erreur, renouvellement total, produit commercial ?

Il n’est pas aujourd’hui question de trancher, mais de mettre en lumière le roman de Tim Powers, Sur des mers plus ignorées, dont s’inspire officiellement le scénario.

« Fin du XVIIe siècle, dans le Nouveau Monde. Là seulement la magie continue de procurer la jeunesse éternelle, de ramener les morts à la semi-vie et de rendre fous d’horreur les rares Européens qui s’y aventurent ; tel ce père qui cherche à faire revivre sa femme dans le corps de sa fille… Voguant vers la plantation qui lui revient de droit, Chandagnac est capturé par des pirates et sera forcé de se joindre à eux. Pour sauver Beth des atroces pratiques magiques que son père s’apprête à lui faire subir, devra-t-il aussi s’initier aux fabuleuses puissances du vaudou et de ses loas ? mener une lutte sans merci contre les magiciens et les pirates, les loas et les bocors, les zombies, la folie et la mort ? »


Dès le prologue, l’intrigue est semée : action, magie, vaudou et piraterie, ça promet des rebondissements. Aussi, lorsque notre héros, John Chandagnac, apparaît, embarqué sur le Vociferous Carmichael pour rejoindre Haïti où il entend bien récupérer son héritage, on sait qu’il n’arrivera pas à bon port.

John – dont le nom de pirate devient très vite « Jack Shandy », notez les initiales – est un personnage pour le moins conventionnel ; naïf et courageux, prêt à tout pour sauver Beth, il rappelle immédiatement le Will Turner de la saga des Pirates. A la différence que ce Will-là aurait le côté mutin de Sparrow, et que sa place dans les mythes de la piraterie se dessine sans tarder : des duels à mort aux lettres de grâce, du poste de cuisinier à celui de second, du rhum cuvé sur une plage des jours durant à l’apprentissage de la navigation, ce Jack Shandy a tout du « Will Turner deviendra grand », d’un Jack Sparrow en devenir.

Les autres personnages ne sont pas en reste ; si Beth Hurwood (la fille à sauver) est assez peu développée, l’équipage des pirates recèle son lot de bonne surprises – mention spéciale à Philip Davies, redoutable second de Barbe-Noire, impitoyable et néanmoins touchant mentor de Shandy, qui reste, je crois, mon personnage préféré. Barbe-Noire, en revanche, est décevant : malgré la fin retentissante, il reste en retrait, sans endosser le rôle du méchant principal, et c’est bien dommage compte tenu du potentiel terrifiant de cette figure mythique.

Sur des mers plus ignorées possède l’énergie jouissive et le souffle magique d’une cure de jouvence ; on se prend à rêver de trois-mâts, de trésors et d’abordages, et c’est sans remord qu’il faut s’abandonner à ce plaisir régressif, car le roman, publié en 1987, se déguste comme un vieux rhum.

Une véritable plongée dans la piraterie du XVIIe siècle, avec le piment original qui a fait le succès de la saga Disney, ce goût d’aventure oscillant vers le fantastique. Le vrai bonheur, c’est de goûter, justement, à cet univers maritime sans l’aura « parc d’attractions » : pas d’impasse sur la dure condition de pirate, sur les duels sanglants et la cruauté des capitaines ; pas de censure de l’alcoolisme ou des (rares, tout de même) allusions sexuelles ; surtout, la magie vaudou perd son côté « films tous publics » et redevient celle des rituels terrifiants, des incantations maléfiques qui font basculer l’histoire dans le fantastique.

Par les recherches poussées de l’auteur dans ces deux domaines (magie vaudou et vérité historique de la piraterie), le roman gagne en profondeur, mais surtout en véracité. La Fontaine de Jouvence (moins centrale dans le livre qu’elle ne le sera sûrement dans le film) est un grand moment d’absurdité scientifique, mais dans l’ambiance feutrée et poisseuse de l’âge d’or de la piraterie, on y croit. Vraiment. L’autre bonne idée magique, c’est la réincarnation (véritable intrigue du roman), car elle permet de formidables retournements de situation.

D’une péripétie à l’autre, le style rythmé et élégant de Powers parvient à emporter la totale adhésion du lecteur dans une joyeuse embarquée fantastique.
Menée par un jeune ingénu promu pirate par le destin, et par une bande de boucaniers hauts en couleurs dont les méchants ne sont pas toujours ceux que l’on croit, cette aventure s’inscrit dans la lignée directe de la légende de notre ineffable Jack Sparrow. A moins que, à en juger par la date de publication, ce ne soit Jack Sparrow le descendant de Shandy ..?

Sur des mers plus ignorées (On Stranger Tides), de Tim Powers, 349 pages, J’ai Lu, 1987.

Happiness only real when shared


Il m’est impossible de lancer un blog critiques sans commencer par le commencement, par le film culte s’il en est de toute ma vie de belette, et de beaucoup d’autres sans doute, inspiration et fascination de milliers de gens de par le monde.

J’ai nommé le magnifique Into The Wild de Sean Penn (sérieusement concurrencé par Juno de Jason Reitman dans mon Top 10, mais j’aurai tout le loisir d’en écrire une critique plus tard.)

Les plus cinéphiles d’entre vous ne sont pas sans ignorer que ce film est tiré du livre-reportage éponyme de Jon Krakauer, publié en 1996 (Voyage au bout de la solitude en VF). Cette critique mêlera donc à la fois livre et film, puisque les deux se recoupent et se complètent à la fois, afin de nous conter l’incroyable aventure qui fut celle de Christopher ‘Alexander Supertramp’ McCandless.

Je n’ai pas vu Into The Wild au cinéma, et comme pour nombre d’autres films, je le regrette encore. Il fait partie de ces films qu’il faut voir sur l’écran le plus grand possible, et plus grand encore, parce qu’une minuscule télé ne pourra jamais totalement retranscrire la beauté glaciale des paysages d’Alaska dans lesquels McCandless évolue. Cependant, Home Cinéma ou écran d’ordinateur importent finalement peu tant c’est la dimension philosophique et spirituelle d’Into The Wild, en plus de ses paysages naturels à couper le souffle, qui en font un film culte, émouvant, fabuleux à bien des égards.

Christopher McCandless a 22 ans. Il est brillant, vient d’être diplômé, et est promis à un grand avenir. Mais l’été suivant sa graduation, Chris disparaît, sans prévenir personne et sans laisser d’adresse, pour un grand périple à travers les Etats-Unis, vers la nature, l’humanité, la vérité. Et la solitude, forcément. Sous le pseudonyme d’Alexander Supertramp (« super-vagabond » comme le traduit si bien la VQ), il traverse l’Arizona, la Géorgie, la Louisiane, le Texas, le Nouveau-Mexique, la Californie, l’Oregon, le Montana, en voiture puis à pied, dans son désir d’aventure et son rejet de la société de consommation. Supertramp travaille dans un ranch, rencontre des hippies, descend le Colorado en kayak, fait de l’auto-stop ; Supertramp est libre. Puis vient la suprême aventure : « my Alaskan odyssey », comme il le nommait lui-même. Un voyage jusqu’aux froides terres d’Alaska, seul face à la nature. A la repoussée des limites pour comprendre la véritable essence de l’homme.

Le film comme le livre retracent le parcours peu linéaire de McCandless (il monte au Nord, descend dans le Sud, remonte), tant par des bribes de souvenirs que confient ses proches en interview (le livre) que par un montage décousu, perturbant tout d’abord mais finalement très pertinent (le film). Après tout, que Chris file sur les rapides du Colorado ou croise l’ours d’Alaska, c’est la Nature, omniprésente, et la soif de liberté qui l’accompagnent.

Le personnage de Chris peut sembler incompréhensible. « Trop franc, » « trop idéaliste », « trop inexpérimenté », « trop naïf », « trop farouche », et j’en passe, nombreuses furent les critiques à pleuvoir dans la boîte aux lettres de Krakauer après la sortie de son livre. Mais il y eu autant – et même beaucoup plus – de gens que son histoire bouleversa.

« Chris appliquait à lui-même et aux autres une morale implacable », déclare sa sœur Carine, questionnée par l’auteur (on retrouve cette phrase dans le film). Et c’est pour mieux comprendre et découvrir la vérité, au-delà d’une société moralisatrice mais jamais moralement juste, cette société qui le dégoûtait et pouvait le faire entrer dans une colère noire (« Une nouvelle voiture ? Mais je n’en ai pas besoin. Je n’ai aucun besoin d’une nouvelle voiture. Acheter, acheter, acheter, vous ne savez rien faire d’autre ! »). Fervent lecteur de Tolstoï et de Jack London, grand sportif et garçon passionné à la volonté de fer, Christopher McCandless fascine par ses idées, ses idéaux, et sous les traits un peu ronds, un peu rêveurs mais déterminés de l’acteur Emile Hirsch, il devient immédiatement sympathique au spectateur. Pressenti comme trop peu professionnel pour un tel rôle, Emile Hirsch s’est pourtant investi corps et âme, allant jusqu’à suivre un régime draconien pour la deuxième partie du film, celle où McCandless est en Alaska. Et son jeu, tour à tour puissance, émerveillement, excitation juvénile ou finesse de la solitude, est remarquable. Bien que la nature et Supertramp soient les seuls véritables figures du film, les autres acteurs ne sont pas en reste, notamment Vince Vaughn qui trouve ici un beau rôle, loin de ses habituelles comédies à l’américaine, et surtout à noter la présence au générique de la non-dénuée de talent Kristen Stewart (c’était avant qu’elle ne se mette à courir après des vampires stupides et ne perde toute crédibilité).

La bande-originale, signée Eddie Vedder (guitariste de Pearl Jam) magnifie le tout avec des balades rock teintées de mélancolie… Une BO déjà culte, qui défend bec et ongles sa place depuis plus d’un an dans les 25 morceaux les plus écoutés de mon iPod de Belette… (Découvrir pour la première fois les paysages californiens à travers la vitre d’un bus bringuebalant avec 12 heures de décalage dans les dents et Into The Wild dans les oreilles, ça fait son petit effet. Mais je m’égare.)

La mise en scène de Sean Penn est sobre et sonne juste. Il livre avec Into the Wild un film saisissant, empreint de liberté, une ode sincère à l’homme que fut Christopher McCandless et une fidèle adaptation du poignant reportage original de Jon Krakauer, qui était porté par un superbe style d’écriture (à lire en anglais de préférence).

Pour finir, je souhaite insister sur les petites différences entre livre et film : tout d’abord, s’il a bien brûlé les dollars qu’il possédait (il a mon éternel respect), Supertramp n’a jamais découpé ses cartes de crédit, comme vous pouvez le voir dans la bande-annonce. Le film force le trait de la figure tragique du héros seul dans la nature ; Christopher McCandless le fut, c’est certain – mais il pensait revenir un jour à la civilisation. Il est également important (sans dévoiler la fin) de souligner que celle que décrit le film n’est pas exacte : au moyen d’une confusion entre deux plantes sauvages, le scénario s’autorise à nouveau une petite entorse à la véritable histoire de Supertramp… Enfin, dans son livre, Jon Krakauer a souhaité relater de ses recherches sur McCandless telles qu’il les a vécues, les ponctuant de descriptions des lieux tels qu’ils le sont aujourd’hui, d’entretiens avec ses proches, et même de ses expériences personnelles lorsqu’elles sont pertinentes.

S’éloignant alors du personnage de cinéma, McCandless devient, plus encore, l’ami, le frère rêvé, le double héroïque dont on se sent soudain si proche, si seul, aussi, lorsqu’il faut fermer le livre, éteindre la télé, et accepter l’absence de celui qui comprit, au bout de la solitude, que le bonheur n’est réel que partagé.

Published in: on 16/04/2011 at 140833  Comments (2)  
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