Peter Pan s’envole pour le Théâtre de Paris

Pan est une bouffée d’air frais qui séduisit la Belette durant le mois de mai, et dont le compte-rendu fut happé par les occupations estivales. Avec un peu de retard, voici donc la critique express de cette création d’Irina Brook, présentée au Théâtre de Paris.

Le rideau s’ouvre sur la douce et rythmée mélodie de Straight On ‘Til Morning, une ballade interprétée par Elisabet Ferrer, la chanteuse de Dionysos, interprète de Wendy.

La fraîcheur de sa voix – qui magnifie son chant mais rend son timbre aigu peu supportable – charme immédiatement. Ou peut-être est-ce la présence de tous ces enfants, autour de nous, dans la salle, et celle de Jane, fille de Wendy, à qui l’on raconte l’histoire.

On entre ainsi à Neverland, où le fringant Peter Pan (Louison Lelarge, lutin espiègle, Peter Pan-né), accompagné de Tink la fée jalouse (dont le costume rappelle les effeuilleuses du Moulin Rouge !), livre un combat sans fin contre le terrifiant Capitaine Crochet.

Peter n’a rien perdu de l’inventivité et de l’orgueil dont l’avait doté James Matthew Barrie il y a près d’un siècle. Mais face à la bande de pirates-bras cassés, armés jusqu’aux dents d’instruments de musique et d’un sens du rythme décapant, et surtout face à un Crochet en perfecto et bagouses dignes de Keith Richards, on ne peut s’empêcher d’aimer ces pirates rockers, presque plus que Pan. Ce sont eux qui, plusieurs fois, provoquent un regain d’enthousiasme dans le public, lorsque le souffle de l’épopée vient à manquer (la danse de Tiger Lily, notamment, est un peu longue pour les plus jeunes, trop peu élaborée pour les adultes).

Parmi les seconds rôles, on remarque surtout Nuno Roque, alias John, pur morceau d’humour britannique, et les jumeaux des Lost Boys, Taiwo et Kehinde Awaiye , à la fois mimes, clowns, gymnastes et acrobates, drôles et très doués.

Irina Brook crée Peter Pan à la manière d’un bulle de savon, délicate, imparfaite, poétique voire simpliste (la barque en carton lorgne sans doute un peu trop vers le théâtre en papier mâché), mais pour peu que l’on ait gardé son âme d’enfant, ce Pan-là séduit.

Et l’appel à l’aide de Peter n’a pas pris une ride ; on se prend à crier « Je crois que les fées existent ! » avec tous les bambins de la salle.

La troupe de 'PAN'

Les adieux à Poudlard

Pour beaucoup de gens de mon âge, ce film, qu’il fût ou non attendu comme le messie, symbolise la fin de l’enfance ; le terme du lycée parfois (Poudlard, c’est fini), l’apprentissage – déjà amorcé dans le film précédent – de l’âge adulte, mais surtout, l’aboutissement de dix ans passés aux côtés de Harry.

J’avais sept ans lorsque j’ouvris pour la première fois un tome d’Harry Potter, huit lorsque ce même livre fut adapté sur grand écran. Il est donc peu probable (et je m’en excuse une fois encore) que je sois tout à fait objective sur le sujet. Après tout, peut-être est-ce là l’essence des aventures du petit sorcier, l’histoire d’un engouement universel qui ne laissa personne indifférent.

On avait laissé Harry un peu paumé, entre camping sauvage et chasse aux Horcruxes (ces objets dans lesquels vit une part de l’âme de Voldemort). Le revoici, plus que jamais déterminé à détruire ces objets maléfiques… Cependant, l’heure n’est plus au camping, car, comme l’annonce d’entrée l’affiche, « tout s’arrête ici ».

Et c’est un peu dommage. En effet, trop occupé à suivre Harry, Ron et Hermione dans leurs mésaventures nouvellement criminelles (menaces envers un Gobelin, vol au sein de la banque de Gringotts, libération de dragon féroce, etc) à grand renfort d’effets spéciaux, David Yates perd la profondeur du précédent volet, enchaînant les scènes d’action (renversantes) sans s’attarder autant sur ses personnages, leur détresse, leur solitude.

Et pourtant, malgré ses amis de toujours, malgré l’équipe scolaire de Poudlard au (très) grand complet, Harry est bel et bien seul. Sur ce point, Daniel Radcliffe livre une performance remarquable, mêlée de détermination, de rage et de fatalité. A ses côtés, Rupert Grint, éternel blagueur, délaisse ses grimaces pour un jeu plus en nuances tandis qu’Emma Watson, fidèle à Hermione, fait preuve d’un jeu vif et intelligent sans devoir se forcer. Et bien que la version française soit une complète hérésie, on ne résiste pas aux retrouvailles avec ces trois-là, le cœur pincé au souvenir de leurs bouilles rondes et leurs cravates rouge et or de L’école des sorciers (2001).

Mais au milieu de la ribambelle désormais habituelle de la fine fleur des acteurs britanniques (Helena Bonham Carter, Julie Walters, Michael Gambon, David Thewlis, Maggie Smith – la meilleure – et j’en oublie), c’est le génial Alan Rickman, alias Severus ‘Prince de Sang-Mêlé’ Rogue, qui vole la vedette au trio. Tout comme dans le roman, la vérité déchirante sur son histoire, son double-jeu (triple ?) et son secret, magnifiés par la performance toute en discrétion de Rickman, sont un crève-cœur. A l’instar de la scène du conte Peverell dans la première partie, celle des souvenirs de Rogue est, de loin, la plus belle de ce volet.

Mais d’une façon générale, la photo est, pour chaque scène, un écrin de beauté, du plus attendu des baisers dans la moite et sombre Chambre des Secrets (souvenirs !) à la menaçante nuée de Mangemorts attaquant le château en flammes…

Et pourtant, quelque chose cloche dans cette dernière adaptation, annoncée somptueuse, de la plus grande saga littéraire de l’an 2000. A trop vouloir faire dans le spectaculaire, au cœur des étincelles rouges et vertes de la bataille finale, Yates oublie l’essentiel. Il oublie de nous conter l’histoire du garçon et de l’homme, de la nécessité d’affronter ses démons (aussi terribles, aussi maléfiques soient-ils, en la personne de Voldemort pour Harry) pour grandir. Il oublie que Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom, avant d’être un mage noir, était surtout un homme imbu de lui-même. Oublie enfin de rendre à chaque personnage son histoire. En faisant quelques entorses au roman de Rowling, il le caricature. Aussi, l’achèvement de la guerre, symbolisé par le regard désabusé du trio sur le château en ruines qui les accueillit à onze ans, a presque l’air d’une scène de trop au milieu de ce trop-plein d’action.

Et ce n’est qu’à la toute-fin, sur le quai 9 ¾ qui nous accueillit, nous aussi, durant l’enfance, que le cœur se serre. Ce n’est qu’au retour au début, rendu grandiose par l’incontournable musique signée John Williams (le score d’Alexandre Desplat, dans le reste du film, n’est d’ailleurs absolument pas notable), que l’on comprend qu’on ne reverra pas Harry.

Et l’on regrette de ne pas avoir pu lui dire au revoir. Dignement.

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Woody Allen voit Paris en couleurs

Après la scène d’ouverture de Midnight in Paris, véritable brochure touristique animée de la Ville-Lumière, il y a deux possibilités. Soit la vision mythique et idéale de la capitale agace : dans ce cas, le déluge de citations, de compliments et l’état d’émerveillement permanent devant Paris dans lequel sont plongés les personnages, mêlé à un défilé de boutiques, hôtels et restaurants de luxe, ne va pas arranger les choses. Soit on choisit de se laisser porter, au gré des images – toutes superbes, bien que je suspecte Woody Allen d’avoir sérieusement retouché les couleurs, puisque, tout comme pour Amélie Poulain, je n’ai jamais vu à Paris de pavés si blancs et de fleuve si bleu – et de suivre dans ses déambulations nocturne l’américain Gil, écrivain bohème au regard perdu, qui semble suffoquer au milieu de toutes ces réceptions snobs et ces dîners chics.

Il ne faut pas avoir peur du trait forcé sur le beau Paris, ni de l’arrière-goût de conte de fées, lorsqu’aux douze coups de minuit, sur les marches de l’église St Etienne du Mont, Gil s’échappe, sans prévenir et sans comprendre, dans les années 1920, son « âge d’or ».

Mais alors la magie de Woody Allen opère complètement. Les années folles renaissent sous nos yeux, et Gil (sympathique Owen Wilson) avec elles… Des salons littéraires aux cafés de Saint-Germain, voici que l’écrivaillon côtoie ses idoles ; c’est l’occasion de croiser, pêle-mêle, Hemingway, Van Gogh, les Fitzgerald, Picasso ou encore Dali (impayable apparition d’Adrian Brody !), au point que l’on finit par se demander, amusé, qui sera le prochain.

Avec son légendaire et si particulier humour, Woody Allen tisse une belle fable à travers le temps et développe intelligemment le mythe de l’âge d’or, celui de Gil et des autres, de cette femme intouchable (sublime Marion Cotillard, en presque-fantôme pas si loin d’Inception) pour qui le passé doré n’est qu’un fade présent…

De la promo du film, on a surtout entendu parlé du caméo de Carla Bruni-Sarkozy, et c’est dommage, car son rôle de guide (dont elle se sort honorablement) aurait pu être tenu par n’importe quelle autre actrice. Mais peut-être la présence d’acteurs français (Cotillard, Bruni, mais aussi Léa Seydoux et Gad Elmaleh, trop peu exploité) n’est qu’une façon de plus, pour Woody Allen, de déclarer sa flamme à Paris…

En sortant, le plus grand plaisir réside dans cette question : « Et toi, c’est quoi ton âge d’or ? »

Published in: on 06/06/2011 at 141133  Comments (2)  
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Podalydès à l’Elysée

L'affiche à elle toute seule méritait un article. Je ne m'en lasse pas.

Un film sur Sarko, l’idée était déroutante. Et nouvelle, puisqu’il s’agit en France du premier film sur un Président en exercice.

Mais finalement, cette Conquête est davantage œuvre de fiction que documentaire. Les toutes premières images donnent le ton : dans le clair-obscur du petit matin de ce 6 mai 2007, Nicolas Sarkozy joue nerveusement avec son alliance, désespérément seul. Joue avec ses deux images, la publique – l’homme politique en fulgurante ascension – et la privée – le mari délaissé au pire moment –, entre ce « corps » d’autorité du leader charismatique, qu’il est sur la scène UMP, et celui, affaissé dans son fauteuil, presque brisé, que l’on découvre dès l’ouverture.

Je n’ai pas la moindre sympathie pour Nicolas Sarkozy, que cela soit bien clair. Et la tendance clairement défendue par le film, à savoir de se glisser derrière le politique pour filmer « l’homme », me semble pernicieuse : ce discours de campagne, « Je suis fils de Juif et d’émigrés hongrois », qui l’humanise instantanément, prend un visage très hypocrite, voire ironique, à la lueur des politiques d’immigrations ayant suivi son élection.

Cependant, à travers une œuvre de fiction, même ses opposants peuvent trouver le personnage touchant. Ne serait-ce que pour les répliques invraisemblables, face à Chirac ou Villepin, dont on sait qu’elles sont vraies sans pour autant parvenir à y croire, tant elles sonnent comme de vraies répliques de cinéma. Le trio Chirac/Villepin/Sarkozy, sous des traits très forcés, est bien rendu (mêmes mimiques, même coiffures, mêmes gestuelles et mêmes registres de langue !) et permet de nombreux faces à faces comiques, mais n’échappe pas aux écueils dangereux de la satire politique, que l’on frôle à plusieurs reprises.

Dans le rôle principal, Denis Podalydès est criant de vérité (à tel point qu’il m’a fallu plusieurs minutes, à la sortie, pour parvenir à me détacher de son visage et me souvenir de celui du véritable Président). Reproduisant parfaitement le timbre de voix de Sarkozy, son débit haletant et froid, il s’agite, s’énerve, manigance et recrée tout entier sa personnalité extravagante, son côté presque « beauf » (intérêt marqué pour Johnny ou le PSG), « bling-bling » (lunettes de soleil, footing sur la plage, cette réplique sur la Ferrari.. !), et surtout ce mélange agaçant de détermination sans faille et de profond égoïsme.

La musique appuie le côté satirique de certaines scènes par des mélodies souvent trop légères et trépidantes pour le sujet (je ne pouvais m’empêcher de penser au thème des Choristes, sans réellement savoir pourquoi… mais cela en dit long).

Filmé comme un thriller dont tout l’intérêt est sapé par une fin au goût âpre que l’on connaît déjà, La Conquête brille surtout (et seulement ?) par l’interprétation géniale de Podalydès, dont le talent ne se dément pas.

Pirates des Caraïbes 4, « juste » une cure de jouvence

Bon, d’accord, je l’avoue : cela ne sera pas la critique la plus objective de l’histoire de ce blog, pour la bonne raison que les aventures du Capitaine Jack Sparrow ont rythmé mon adolescence, et que son retour dans les salles obscures en ce 18 mai 2011 est pour moi un grand évènement.

On a écrit beaucoup de choses sur la trilogie initiale. Touffus, complexes, inutilement bavards, les scénarios des derniers films le furent. Mais on ne peut enlever à la saga Pirates des Caraïbes cette indescriptible magie du renouveau, du film de pirates qu’on croyait mort et enterré, d’une attraction Disney qui prenait de l’âge, d’un acteur, aussi, dont la carrière amorça, sous les traits de Sparrow, un tournant décisif. Pour le Capitaine Jack, tout simplement, antihéros s’il en est et véritable figure mythique du cinéma des années 2000.

L’annonce d’un nouvel opus a soulevé de nombreuses questions, ainsi que les changements au sein de l’équipe (Orlando Bloom et Keira Knightley, alias Will et Elizabeth, ne sont plus de l’aventure, et le réalisateur Gore Verbinski a laissé sa place à Rob Marshall) ou tout simplement les motivations financières (les trois premières aventures de Jack Sparrow ont rapporté 2,6 milliards de dollars dans le monde). Et cette appréhension méfiante, en entrant dans le cinéma, même une Belette fan de Sparrow ne pouvait que l’avoir. Cela n’empêche pas La Fontaine de Jouvence d’être le digne descendant de la trilogie initiale ; agréable divertissement pour le spectateur lambda, joyeuses retrouvailles sur le pont du Black Pearl pour les fans.

Le film s’ouvre sur le Londres du début du XVIIIe siècle, très loin, donc, des îles caribéennes au parfum de vieux rhum dans lesquelles mouillaient d’habitude nos Pirates. Mais il s’ouvre aussi sur l’audacieuse question de l’identité d’un Jack Sparrow qui n’en est pas un, un quiproquo absurde au cœur duquel le vrai Jack se retrouve, sans parvenir à prouver qui il est, dérouté au point d’en douter lui-même. Derrière cette hésitation se dessine l’homme, la légende, et la limite ténue entre les deux, cette notoriété dont jouit « le plus célèbre des pirates » et qui, soudain, l’humanise, ne serait-ce que par ce regard perdu qui se fraye un chemin entre les habituelles moues assurées. La peur de vieillir, d’être effacé, oublié, Jack Sparrow la connaît ; c’est d’ailleurs ce qui motive son voyage vers la Fontaine de Jouvence.

L’usurpation d’identité est poussée à l’extrême, dans un surprenant combat contre un double mystérieux : parfaite introduction et remarquable entrée du personnage d’Angelica, posée immédiatement comme l’équivalent féminin de Sparrow. La piquante Penelope Cruz apporte à l’univers des Pirates un zeste latino et sexy de romance qui n’en est pas tout à fait une, un double jeu dangereux de mensonges et de séduction, auquel se prendront tour à tour les deux pirates, évidemment jamais synchro.

La conclusion de l’histoire de Will Turner et Elizabeth Swann à la fin du précédent volet nécessitait une nouvelle romance, en la présence du missionnaire Philip (Sam Claflin, convaincant dans son rôle de jeune premier converti mais défaillant) et de la belle Syrena (Astrid Bergès-Frisbey, lumineuse mais sous-employée). Cependant, leur histoire n’est que secondaire, trop soudaine, et surtout trop peu détaillée.

Enfin, last but not least, la galerie des nouveaux personnages accueille un invité de choix en la personne du terrifiant Barbe-Noire, père d’Angelica, déterminé à trouver l’immortalité et tromper la prophétie concernant sa mort prochaine. Dans le rôle du pirate, Ian McShane fait merveille et parvient, de ce regard noir et perçant et ces répliques murmurées dans une cruauté calme, à nous convaincre immédiatement : « I am a bad man ».

L’intrigue, moins emmêlée que celles des précédents volets, fait la part belle à l’action (une course-poursuite à dos de carosses à travers Londres, une évasion géniale à base de palmier, et de superbes combats à l’épée), tout en laissant une grande liberté aux personnages qui complotent chacun dans leur coin pour permettre de beaux retournements de situation. Barbossa, tout particulièrement, surprend, par son engagement dans la marine royale, son histoire, sa détermination, ses nouveaux hobbies, et gagne en profondeur sans jamais trahir le personnage initial. Adressant de discrets clins d’œil aux premiers films, la Fontaine de Jouvence regorge de belles trouvailles scénaristiques, poétiques et humoristiques, à l’instar du sort du Black Pearl, de l’unique – et déjà culte – réplique de Keith Richards, ou encore du navire perché de Ponce de Leon où Jack et Barbossa rivalisent d’équilibre. Le « mode d’emploi » de la Fontaine de Jouvence, un savant échange d’années où toute immortalité repose sur la mort elle-même, est aussi une bonne idée.

Le réalisateur Rob Marshall a divisé son film en trois parties : Londres, le grand large, la jungle de la Fontaine. Si l’océan finit par manquer un peu à nos pirates, les voir sur la terre ferme n’en est pas moins intéressant – et la partie en mer filme intelligemment la vie à bord d’un navire, notamment sa hiérarchie et son organisation, ce que ne faisait pas la première trilogie. La photo, également, est très belle, tels ces longs plans immergés où ondulent les hypnotiques et glaciales sirènes, ainsi que la Fontaine de Jouvence, baignée dans une lumière particulièrement féérique, où le temps est comme suspendu. Le contraste est alors d’autant plus frappant lorsque l’Inquisition espagnole détruit ce temple d’immortalité, intrusion de la raison au sein du fantastique et de… l’irrationnel.

La 3D, annoncée comme « vraie » (comprendre : directement filmé en 3D, et non converti par la suite) n’est pas fondamentalement mauvaise, mais reste très superflue, et peut même empêcher de profiter du film au maximum : les lunettes, trop lourdes, glissent sur le nez, et les sous-titres ressortent de façon étrange.

Hans Zimmer a fait équipe avec le duo de guitaristes Rodrigo e Gabriela pour délivrer une bande-originale aux sonorités de flamenco, revisitant les thèmes désormais classiques ; des mélodies très belles en somme, bien que moins réussies que celles de Jusqu’au bout du monde (3e film).

Alors Jack Sparrow peut bien forcer ses grimaces, malgré l’absence de personnages-clés de la trilogie qui laisse un arrière-goût d’inachevé, La Fontaine de Jouvence tient la seule promesse qu’elle avait après tout annoncée : nous rendre notre âme d’enfant durant 2h21, faire du film lui-même une cure de jouvence. Qu’il ait ou non bu l’eau, on est sûrs, en sortant, que le Capitaine Jack Sparrow a accédé à l’immortalité…

Les Anges de Haven – De la déchéance d’une utopie (c’est moins snob que ça n’en a l’air, promis…)

Je vais tenter de présenter mon roman, dont je vous avais déjà parlé ici

Les Anges de Haven, sous-titré De la déchéance d’une utopie tant pour faire prendre conscience au lecteur de l’éventuelle dimension philosophique du récit que pour éviter les clichés de la fantasy, est un roman d’environ 200 pages dont je suis l’auteure.

A l’été 2008, j’étais une petite Belette de presque seize ans et m’apprêtais à entrer en 1ère section littéraire (après des années à en rêver). Cet été, particulier à bien des égards, a sans nul doute contribué à mon voeu de commencer un roman. « Un vrai roman ». Et à la veille de la rentrée, à l’heure où tous les élèves de France amorcent la dépression pré-premier jour de classe, j’écrivais ce titre, Les Anges de Haven, sur la première page d’un cahier. Le roman a donc suivi mes années lycée, et a trouvé son point final quelques jours avant celui de ma terminale littéraire.

J’hésite toujours, face à la fatidique question « C’est quel genre ? », à le présenter comme un récit fantastique. Certes, il y a des phénomènes surnaturels, mais la magie n’a pas d’existence en tant que telle et il n’y a ni elfes, orques, vampires ou sorciers… Disons « un roman d’aventure, avec des bouts de fantastique dedans ». En étudiant plus profondément Montesquieu et ses Lettres persanes durant ma 1ère L, l’idée de faire d’un « autre monde » le miroir du nôtre, et de tenter, à l’image de l’illustre philosophe, de donner à cette histoire « fantaisiste » une dimension plus profonde, proche de la critique sociale, m’a plu. S’éloigner, dans un pays lointain (Lettres persanes) ou dans un autre monde (Haven) pour mieux comprendre et observer la société.

Evidemment, Les Anges de Haven n’est pas un essai sociologique. On peut tout à fait apprécier l’histoire sans en saisir le sens – plus ou moins – philosophique, et c’est d’ailleurs sa fonction première puisqu’en tant qu’hybride aventure-fantastique, Haven est avant tout destiné au jeune public. Le meilleur moyen est encore de juger par vous-mêmes :

Et si, lors de la Nuit des Temps,  le Big Bang avait abouti à la création non pas d’une, mais de deux planètes semblables, de deux dimensions parallèles ? Comment cette autre Terre aurait-elle évolué ? Comment la vie s’y serait-elle développée ? Et si des Terriens s’y étaient aventurés, comment ce monde encore vierge aurait-il pu muter  ?

Etranges questions, à vrai dire – pourtant Julien, Myriam, Caroline, Andrea et Lise, cinq adolescents sans histoires, se voient amenés à se les poser. D’ordinaire éloignés aux quatre coins de France, ils se réveillent ensemble dans une forêt que les Hommes n’auraient jamais touchée. Liés par la pensée à de dangereux fauves, les voilà Arrivants dans les contrées de Haven.

A quoi ressemblerait un monde bâti sur les idées des Lumières ?

Au XVIIe siècle, amélioré par des générations d’Arrivants, témoins de l’Histoire et des expériences terriennes que Haven s’est juré de ne pas reproduire. Accueillis à La Falaise, capitale perchée sur un îlot rocheux, les Arrivants rencontrent l’Intendant de Haven, Old Jack, et le jeune Fennec, son Grand Conseiller. Absents pendant près de trente ans, une nouvelle Arrivée de terriens crée l’événement.

Une longue initiation débute pour les cinq héros – étude de l’Histoire, de la Géographie, de la Littérature et des Sciences de Haven, ainsi qu’un entraînement approfondi au combat. Et toujours, omniprésents, les Anges de Haven, mythes précédant les premières Arrivées de l’Histoire…

Pourquoi un certain Equinoxe refuse-t-il leur nomination au rang de Pupilles de la Nation ? Les Anges semblent être, une fois de plus, la raison de la guerre qu’il déclenche… Dans la tourmente des batailles, des secrets révélés et de la mort qui rôde, les Arrivants vont devoir faire face à leur destin. Et le bras de fer qui les oppose au mystérieux Equinoxe semble prendre une tournure fatale.

Trahison, amour et manipulation – Haven est-il réellement un refuge ?

Voilà voilà. Après un an de réécriture et de travail sur le texte en tous genres, je pense contacter quelques maisons d’éditions dès la fin du mois de mai.

Et comme je suis une petite Belette facétieuse, voici la « fausse bande-annonce » de Haven :

Published in: on 05/05/2011 at 140633  Comments (1)  
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One Day, l’amitié à l’épreuve de l’adversité

Commençons par un avertissement, semblable à celui qui ornait l’affiche du très réussi (500) jours ensemble. Ceci n’est pas une histoire d’amour.

A vrai dire, je ne sais pas exactement de quoi cela pourrait être l’histoire. D’amitié, probablement, une amitié particulière, celle que le temps, loin de l’effacer, renforce. Et d’Histoire avec un grand h. Car celle d’Emma et Dexter se déroule sur vingt ans, de 1988 à aujourd’hui.

Sur un campus étudiant d’Edimburgh, ce 15 juillet 1988, Emma Morley et Dexter Mayhew sont de jeunes diplômés. Ils ne passeront ensemble qu’une nuit. « En amis ».

Et chaque année, tous les 15 juillet, Em et Dex se croisent, se perdent, se retrouvent ; cette nuit, leur dernière d’étudiants, la première de leur nouvelle vie, scelle l’amitié, unique et viscérale, entre deux inconnus – ou presque.

Les pages filent au rythme de ces années, à raison d’un chapitre par 15 juillet, et nous les retrouvons, toujours vieillis d’un an, mais jamais vraiment où la page précédente les laissait. Car la magie de One Day, c’est de parvenir à retracer le lent et difficile parcours de l’âge adulte. Emma et Dexter, de façons bien différentes certes, et décalées, n’échapperont ni aux désillusions, ni aux coups du sort ; et la réalité crue de ces deux jeunes vies, dans la société britannique des années 1990, est un personnage à elle toute seule. Em et Dex apprennent la vie.

On peut certes considérer que leur histoire n’a rien de transcendant. Petit boulot dans un fast-food puant, rendez-vous ratés, colocation tardive, échecs, surtout, lors de tentatives avortées de changements de vie. Certes, la réalité les encercle, les empêche de devenir héros de leurs propres aventures, allant jusqu’à les rendre aveugles de la véritable signification de leur improbable amitié. A chaque page, chaque 15 juillet, Emma et Dexter sont liés, heureux ou brisés, et ensemble. Mais jamais ensemble.

Ils sont comme deux faces de la même pièce, que le sort lance sans cesse ; et si l’insupportable – mais irrésistible – Dexter Mayhew connaît chance et succès dès la sortie de l’université, il n’est jamais lui-même sans Emma, écrivain dans l’âme mais bien trop introvertie pour décider de le devenir. Et le vent tourne, évidemment. Mais en emportant tout dans son sillage. Mariage, deuil, succès, enfants… Et lorsque Dex chancelle, Em, toujours debout, vient l’épauler ; lorsqu’Emma est perdue, Dexter l’encourage.

Dans le tourbillon de la vie, de l’ère Thatcher au XXIe siècle, tous deux grandissent, vieillissent, pleins d’incompréhension.

Lorsqu’ils comprennent enfin, il se pourrait bien que le sort ait une nouvelle fois lancé la pièce…

Ce bouleversant roman, servi par le style agréable, parfois rude, mais toujours juste, de David Nicholls (à lire en anglais, une fois encore !), sera adapté au cinéma à la fin de l’année, par Lone Scherfig, la réalisatrice du sympathique Une éducation, avec Anne Hathaway et Jim Sturgess (magnifique Janusz des Chemins de la liberté) dans les rôles principaux.

Vivement One Day.

Published in: on 03/05/2011 at 140933  Comments (1)  
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Sweeney Todd hante le théâtre du Châtelet


Jeudi 28 avril 2011, 20h

Le théâtre du Châtelet est baigné d’une excitation palpable. Dans la salle aux balcons dorés, les lumières déclinent doucement, ne laissant éclairé que l’immense rideau, non pas rouge comme à l’accoutumée, mais joliment imprimé de la carte de l’ancien Londres (carte dont la Tamise prendra les teintes du sang qui y coule, après l’entracte).

Et dans la pénombre, personne ne voit la fine ombre d’une belette se faufiler entre les fauteuils d’orchestre et bondir sur un strapontin.

Il ne faut pas se fier à la belle couleur rose des affiches de l’entrée. La comédie musicale de Stephen Sondheim, Sweeney Todd – le diabolique barbier de Fleet Street, est aussi originale que décalée. Adaptée sur grand écran par Tim Burton en 2008, l’histoire de ce barbier londonien qui égorgeait ses clients et en faisait des tourtes est une véritable légende du folklore anglais.

Sweeney Todd (Rod Gilfry) & Mrs Lovett (Caroline O'Connor)

Le rideau s’ouvre sur les docks obscurs du Londres victorien, et sur un chœur d’une vingtaine de comédiens de tous âges, tour à tour peuple des bas-fonds, internés de l’asile, et surtout, narrateurs, à travers ce frappant Lift your razor high, Sweeney, ballade noire et cruelle, fil conducteur de toute la pièce.

Le seul décor, à deux niveaux, est une belle trouvaille visuelle, pivotant à loisir pour être tour à tour place de marché, boutique de barbier ou demeure de juge. L’installation, en deuxième partie, du fauteuil coulissant, est très drôle et très bien rendue – tout comme l’atmosphère de mort qui règne, avec ce sang qui goutte dans le caniveau, ou celui qui gicle de la gorge des clients.

Et c’est sur cette « seconde scène » du niveau coulissant qu’apparaît Sweeney Todd, mise en abyme du personnage qui, forçat injustement emprisonné, revient sous ce nom nouveau, celui de la vengeance.

Rod Gilfry, interprète du barbier vengeur, se tient droit, presque immobile, et son regard dur, son imposante silhouette, sa voix de baryton, surtout, suffisent à nous glacer le sang. Bien loin des traits fins et de la coupe de cheveux improbable du Sweeney burtonien qu’incarnait Johnny Depp, mais tout aussi convaincant. Son jeu grave et sec donne au personnage de théâtre l’épaisseur que le cinéma trouvait dans la folie douce.

Cependant, dès la première minute, Caroline O’Connor (alias Mrs Lovett, pâtissière et complice du meurtrier), lui vole la vedette. Ses moues exagérées et désopilantes ainsi que sa gestuelle nerveuse la placent immédiatement au rang de penchant comique et complémentaire au masque impassible de Todd. Chacune de ses répliques fait mouche, et son jeu formidable d’aisance et de drôlerie, tout comme sa voix superbe, lui valent une standing ovation et une reconnaissance toute particulière du public. Stephen Sondheim lui-même aurait déclaré qu’elle était « la meilleure Mrs Lovett qu’il ait entendue ». Et ce n’est pas peu dire, car le compositeur a créé cette « opérette noire » en 1979.

Tous les comédiens font merveille, dans des rôles très différents et magistralement orchestrés par l’intrigue. Si Toby n’est pas incarné par un acteur âgé de dix ans (âge réel du personnage), sa voix a pourtant les éclats juvéniles et sincères du très beau Not While I’m Around. La version originale (surtitrée, mais il ne faut pas avoir peur des multiples coups d’œil aux écrans, placés trop haut) est un chef d’œuvre musical, aux sonorités tantôt romantiques (I Feel You, Johanna), tantôt brutales (Alms, Alms), et surtout aux paroles remarquables de justesse et de rythme. La scène de Little Priest, au délire absurde et cannibale des deux nouveaux complices, est un morceau d’anthologie et d’humour noir.

La bande-originale du film de Burton fut directement tirée du spectacle, mais l’on y retrouve également de nombreux titres inédits, explorant notamment davantage la romance entre Anthony et Johanna, ainsi que l’attirance du juge Turpin pour sa pupille.

La version de Burton, avec Johnny Depp et Helena Bonham Carter

L’orchestre symphonique de la fosse magnifie le tout, et cette macabre fable, pas si loin de la tragédie, en vérité, imprègne les spectateurs conquis. Dans le métro du retour, le sourire aux lèvres, on chantonnera encore cet air pesant du chœur – and so did Sweeney Todd, the demon barber of Fleet Street.

California trip ~ pieces of a mindblowing summer

L’été dernier, en août 2010, je suis allée jouer à la Belette Globe-Trotter à Santa Cruz, CA, à une centaine de kilomètres au Sud de San Francisco. Ce fut une expérience magnifique, et j’aime tant le journal de bord que j’ai tenu durant mon séjour que j’ai décidé d’en publier quelques pages.

Sur des mers plus ignorées, l’ancêtre littéraire de Jack Sparrow

Le 18 mai 2011 sortira dans les salles françaises le très attendu Pirates des Caraïbes : La Fontaine de Jouvence, quatrième opus de la saga. Enorme erreur, renouvellement total, produit commercial ?

Il n’est pas aujourd’hui question de trancher, mais de mettre en lumière le roman de Tim Powers, Sur des mers plus ignorées, dont s’inspire officiellement le scénario.

« Fin du XVIIe siècle, dans le Nouveau Monde. Là seulement la magie continue de procurer la jeunesse éternelle, de ramener les morts à la semi-vie et de rendre fous d’horreur les rares Européens qui s’y aventurent ; tel ce père qui cherche à faire revivre sa femme dans le corps de sa fille… Voguant vers la plantation qui lui revient de droit, Chandagnac est capturé par des pirates et sera forcé de se joindre à eux. Pour sauver Beth des atroces pratiques magiques que son père s’apprête à lui faire subir, devra-t-il aussi s’initier aux fabuleuses puissances du vaudou et de ses loas ? mener une lutte sans merci contre les magiciens et les pirates, les loas et les bocors, les zombies, la folie et la mort ? »


Dès le prologue, l’intrigue est semée : action, magie, vaudou et piraterie, ça promet des rebondissements. Aussi, lorsque notre héros, John Chandagnac, apparaît, embarqué sur le Vociferous Carmichael pour rejoindre Haïti où il entend bien récupérer son héritage, on sait qu’il n’arrivera pas à bon port.

John – dont le nom de pirate devient très vite « Jack Shandy », notez les initiales – est un personnage pour le moins conventionnel ; naïf et courageux, prêt à tout pour sauver Beth, il rappelle immédiatement le Will Turner de la saga des Pirates. A la différence que ce Will-là aurait le côté mutin de Sparrow, et que sa place dans les mythes de la piraterie se dessine sans tarder : des duels à mort aux lettres de grâce, du poste de cuisinier à celui de second, du rhum cuvé sur une plage des jours durant à l’apprentissage de la navigation, ce Jack Shandy a tout du « Will Turner deviendra grand », d’un Jack Sparrow en devenir.

Les autres personnages ne sont pas en reste ; si Beth Hurwood (la fille à sauver) est assez peu développée, l’équipage des pirates recèle son lot de bonne surprises – mention spéciale à Philip Davies, redoutable second de Barbe-Noire, impitoyable et néanmoins touchant mentor de Shandy, qui reste, je crois, mon personnage préféré. Barbe-Noire, en revanche, est décevant : malgré la fin retentissante, il reste en retrait, sans endosser le rôle du méchant principal, et c’est bien dommage compte tenu du potentiel terrifiant de cette figure mythique.

Sur des mers plus ignorées possède l’énergie jouissive et le souffle magique d’une cure de jouvence ; on se prend à rêver de trois-mâts, de trésors et d’abordages, et c’est sans remord qu’il faut s’abandonner à ce plaisir régressif, car le roman, publié en 1987, se déguste comme un vieux rhum.

Une véritable plongée dans la piraterie du XVIIe siècle, avec le piment original qui a fait le succès de la saga Disney, ce goût d’aventure oscillant vers le fantastique. Le vrai bonheur, c’est de goûter, justement, à cet univers maritime sans l’aura « parc d’attractions » : pas d’impasse sur la dure condition de pirate, sur les duels sanglants et la cruauté des capitaines ; pas de censure de l’alcoolisme ou des (rares, tout de même) allusions sexuelles ; surtout, la magie vaudou perd son côté « films tous publics » et redevient celle des rituels terrifiants, des incantations maléfiques qui font basculer l’histoire dans le fantastique.

Par les recherches poussées de l’auteur dans ces deux domaines (magie vaudou et vérité historique de la piraterie), le roman gagne en profondeur, mais surtout en véracité. La Fontaine de Jouvence (moins centrale dans le livre qu’elle ne le sera sûrement dans le film) est un grand moment d’absurdité scientifique, mais dans l’ambiance feutrée et poisseuse de l’âge d’or de la piraterie, on y croit. Vraiment. L’autre bonne idée magique, c’est la réincarnation (véritable intrigue du roman), car elle permet de formidables retournements de situation.

D’une péripétie à l’autre, le style rythmé et élégant de Powers parvient à emporter la totale adhésion du lecteur dans une joyeuse embarquée fantastique.
Menée par un jeune ingénu promu pirate par le destin, et par une bande de boucaniers hauts en couleurs dont les méchants ne sont pas toujours ceux que l’on croit, cette aventure s’inscrit dans la lignée directe de la légende de notre ineffable Jack Sparrow. A moins que, à en juger par la date de publication, ce ne soit Jack Sparrow le descendant de Shandy ..?

Sur des mers plus ignorées (On Stranger Tides), de Tim Powers, 349 pages, J’ai Lu, 1987.