Ils ont laissé cramer le Toast

« C’est l’histoire d’un garçon qui avait faim. »

L’accroche n’est pas particulièrement alléchante. Le casting, si ; il y a Helena Bonham Carter, muse de Burton, terrifiante Bellatrix des Harry Potter, et surtout comédienne hors-pair. Et il y a Freddie Highmore, que l’on avait quitté en 2005, en Charlie aux grands yeux émerveillés devant la Chocolaterie qu’il venait de gagner. Mais cela ne nous dit en rien pourquoi ce garçon avait faim.

Ce garçon, c’est Nigel Slater, cuisinier britannique très reconnu outre-Manche, qui grandit dans la campagne anglaise des années 60, entre un père fuyant, une mère asthmatique, et des repas en boîtes de conserve. L’analyse psychologique n’y est d’ailleurs pas très fine : l’attirance grandissante pour la « vraie » cuisine après avoir passé douze ans à manger des plats précuits, l’orientation sexuelle hésitante, appuyée dès l’enfance par une scène carrément lourde, enfin l’opposition radicale entre les figures de la mère, piètre cuisinière, qu’il idolâtre, et de la marâtre, véritable cordon bleu, qu’il hait de toutes ses forces.

Non, tant par la photo très colorée que par son approche des traumatismes de l’enfance, ce film ne fait décidemment pas dans la demi-mesure.

On se lasse vite des multiples malheurs, bien que traités de façon plus ou moins humoristique, auxquels doit faire face le petit Nigel, et à la déferlante de recettes de cuisine et de plans de gâteaux de toutes sortes (il y a là cependant une raison aux couleurs criardes : les pâtisseries y sont magnifiques).

Heureusement, Helena Bonham Carter est là. Parfaite, comme toujours, dans le rôle de l’intrigante à moitié folle, qui rappelle, par certains côtés, une Mrs Lovett (Sweeney Todd) inversée. Sa présence porte la majorité du film, et face à elle, Nigel « petit garçon », joué par un jeune acteur inconnu et un peu trop blond, a bien du mal à se faire entendre. On attend désespérément que le héros entre dans l’adolescence – Freddie Highmore, viens vite sauver ce film qui prend l’eau, entre deux complaintes de Dusty Springfield !

Et il arrive, mais très tard (les deux tiers du film sont consacrés à l’enfance du chef, qui, à part un faible pour la cuisine, évoqué en passant, n’a pas grand-chose d’un chef). Alors soudain l’histoire s’éclaire un peu, désormais le combat contre la marâtre est loyal ; le petit acteur britannique a bien grandi, et son talent aussi. Il l’emploie ici à rendre crédible les aspirations culinaires de Nigel, dans le peu de temps qu’il nous reste. Mais le scénario ne l’y aide pas beaucoup : trop exagérée, la revanche tardive, trop peu exploitée, la révélation de son attirance pour les hommes.

On laisse Nigel à l’orée de son illustre avenir, avec le sentiment d’avoir été trompés sur la marchandise.

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Published in: on 06/10/2011 at 140233  Laisser un commentaire  
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